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Publié par François Gervais



<< Comment vais-je payer mes gars ? >> Le préfet du maquis pour la Dordogne, Maxime Roux, s'inquiétait. On était fin juillet 1944. Depuis le Débarquement, des milliers de nouvelles recrues étaient venues gonfler les effectifs de la Résistance. Il fallait payer et nourrir tout ce monde, subvenir aux besoins des familles. La bonne volonté, plus ou moins forcée des paysans, n'y suffisait pas. Le système "Guingouin"  -réquisition contre garantie en bons du maquis-  avait atteint ses limites.

<< Qu'à cela ne tienne >>, fit savoir le préfet vichyssois de la Dordogne à son collègue "clandestin". Et de convaincre le directeur de la Banque de France de Périgueux que ses réserves de billets seraient plus en sûreté à Bordeaux. Le 26 juillet, l'express Périgueux-Bordeaux est bloqué par les maquisards en gare de Neuvic, à 20 km de Périgueux. Les cheminots se firent un devoir d'immobiliser le train. Les policiers chargés de la protection du convoi se firent un plaisir d'indiquer aux FFI le fourgon de tête.

Les convoyeurs n'opposèrent aucune résistance. En quelques minutes, six tonnes de billets en grosses coupures, correspondant à 2 milliards 280 millions  -soit 2 milliards de Francs 2000, ou encore 300 millions d'Euros de nos jours-  contenus dans 150 sacs de toile, étaient entassés dans un camion et une camionette, et partaient pour une destination inconnue. La solde et la nourriture du maquis étaient assurées, et au-delà.

Le butin de ce hold-up sans violence et sans équivalent dans notre histoire resta quelques jours entassé dans une grange, sous une bâche, comme une gigantesque meule de blé, gardée par quelques sentinelles. Un seul des 150 sacs s'était "perdu" en route. Puis le pactole fut réparti entre cinq responsables régionaux de toute confiance.

Au début de mars 1945, l'autorité de l'Etat plus ou moins rétablie, 800 millions de Francs furent scrupuleusement restitués à la Banque de France. Les gardiens du trésor purent justifier de l'emploi << pour la libération du territoire >> d'environ 1 milliard de Francs. Quatre cent cinquante millions s'étaient "mystérieusement" évaporés. La trace n'en fut jamais retrouvée...

Ce qui est sûr aujourd'hui, c'est qu'il y a prescription !

L'histoire vraie de la libération. N° 375-376 spécial / 06-04

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