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Publié par François Gervais


Rien ne va plus entre la Ville rose  -qui vire au rouge-  et de Gaulle qui peine à reconnaître dans les chefs de la Résistance, des combattants de valeur.

De la Résistance à la révolution... C'est sans doute à Toulouse que la devise du journal Combat est le plus près de prendre forme. A Paris, des rumeurs alarmistes courent sur la sécession imminente d'un Sud-Ouest gagné par la fièvre anarcho-bolchéviste. On parle de centaines d'exécutions sommaires de notables et du triomphe de soviets franco-espagnols dans l'ancienne capitale du <<radicalisme cassoulet>>. C'est dire si, entre le Général et la Ville rose, passée au rouge vif, l'incompatibilité d'humeur est totale lorsqu'il débarque, ce 24 septembre 1944, à Blagnac.

La méfiance, réciproque, ne date pas d'hier. Elle est, pour ainsi dire, congénitale. D'un côté, ce que de Gaulle appelle << la France de l'apéro >>, c'est-à-dire de la jactance, des gesticulations idéologiques et du rejet de l'Etat central, qui remonte, dans son esprit, à la discidence cathare. Bref, la conviction que la <<chienlit>>, même habillée de tricolore, ne peut conduire qu'à amoindrir la France devant les Alliés. De l'autre, la fringale de fraternité et l'humiliation devant l'intransigeance inhumaine d'un monstre sacré.

D'entrée de jeu, tous les ingrédients sont réunis pour une brouille mémorable. D'abord, une Résistance presque entièrement dominée par l'extrême gauche et, notamment, les républicains espagnols, réfugiés en France depuis 1939, qui ont initié les réfractaires du S.T.O. aux subtilités de la guérilla. Ensuite, le retard de l'avion du <<Connétable>>, tandis que les chefs des maquis piaffent sur le tarmac. Enfin, l'effroyable silence du grand homme lorsque ses valeureux <<soutiers>> l'instruisent de leurs faits d'armes et de leurs projets d'émancipation sociale.


(<< Le chef, aime à répéter de Gaulle, est celui qui ne parle pas >>): << On s'attendait à ce qu'il y ait une certaine fraternité. Qu'il s'adresse à nous comme à des hommes qui s'étaient battus. Qu'il nous tape un peu sur l'épaule>>, résume Serge Ravanel, le chef des maquis locaux. Les exploits de ce résistant du tout début valaient quand même un peu plus qu'un salut glacial.

Ce polytechnicien était un trompe-la-mort. C'est lui qui avait eu l'idée, lors de l'attaque du Palais de justice de Paris, de détruire les fichiers de la classe 42, interdisant du même coup son incorporation dans le S.T.O. C'est de son seul courage que cet intellectuel tirait son ascendant sur ses maquisards.

Pour comble, de Gaulle apprend qu'un certain colonel Hilaire, agent du S.O.E. britannique, se flatte d'être à la tête d'une sorte de baronnie, tenue par ses hommes d'armes, où les gendarmes français pénètrent képis bas. On s'imagine sans mal l'indignation du grand sachem.

Le spectre de la fronde ou plutôt d'un retour en force des Grandes Compagnies moyenâgeuses, alimentées, qui sait, par les subsides de Moscou et du roi d'Angleterre, plane sur la Haute-Garonne... Une hantise pour le moins excessive car, comme l'expliquera Ravanel, il aurait suffi d'un sourire pour que le chef de la France Libre mette les maquisards dans sa poche.

Lors du discours du Général sur la place du Capitole, Serge Ravanel croit que son invité aura, au moins, un mot gentil pour ceux qui ont ramassé, selon ses propres mots, << le glaive brisé de la France >>. Nouveau camouflet ! Il n'y évoque que la nécessité de retrousser ses manches et d'oublier les chimères du temps de la clandestinité. << Le Général qui était notre chef, je dirais bien-aimé, car nous avions pour lui un attachement presque charnel, aura été, ce jour-là, l'homme du mépris >>, conclut le colonel Georges, chef des F.T.P. du Lot.

Pour finir, Charles "l'oublieux", consentira à accorder à ses grognards toulousains un minuscule satisfecit en leur déclarant qu' <<[il] les aim[ait] bien>>. Les guérilleros républicains seront, eux, priés de se tenir à distance de la fontière franco-espagnole pour ne pas compromettre les relations de la France libérée avec l'Espagne franquiste. Un solde de tout compte pour le moins saumâtre, s'agissant d'hommes qui avaient engagé, depuis juillet 1936, la lutte antifasciste et qui venaient de jouer un rôle de premier plan dans la libération de la région.

Détail symptomatique: ce fut le général Cochet, français libre impeccable mais, surtout, farouche baroudeur (il avait maté, en 1941, au Liban, la révolte des Druzes), qui sera chargé de superviser la dissolution des milices patriotiques et la restitutions des armes. << La preuve, enrage un ancien maquisard, qu'il nous considérait comme des tribus insoumises, que l'on materait à coups de canon ou avec une poignée de médailles... >>

Eric Dior
Les lourds secrets de la Libération de la France / 06-04

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