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Publié par François Gervais

Seconde partie.

Les survivants.
L'ensemble des informations provient pour une très large part des témoignages des rescapés du massacre. Ceux-ci, une vingtaine environ, sont devenus les gardiens de la mémoire d'Oradour. Chacun a sa propre histoire, sa propre tragédie, ses propres cauchemars, et c'est en rassemblant l'ensemble qu'on peut reconstituer ce que certains d'entre eux appellent "l'assassinat d'Oradour". Qu'ils soient ici remerciés pour leur courage et leur pugnacité dans la mission qu'ils se sont assignés.

Les statistiques sont porteuses d'un étonnant paradoxe. D'une froideur quasi inhumaine, elles apportent en même temps une dimension essentielle au drame d'Oradour: 642 personnes ont péri à Oradour ce samedi 10 juin 1944, dont 242 femmes et 207 enfants. Le plus jeune n'avait pas... 8 jours. Chaque survivant mériterait, comme chaque victime, plus d'une mention dans un article de magazine. Une pensée particulière va à Marguerite Rouffanche, seule rescapée du massacre dans l'église, décédée en mai 1988 à l'âge de 91 ans, et dont la disparition ne rend que plus importante le devoir de transmission de la mémoire.

De même, il convient de citer le "petit rouquin" de 8 ans, alias Roger Godfrin, seul survivant parmi les enfants des écoles d'Oradour. Réfugié lorrain, tout comme une quarantaine d'autres habitants d'Oradour, il refusa de suivre sa classe au champ de foire et s'enfuit par la fenêtre, rejoignit la Glane qu'il traversa à la nage avant de se cacher sur l'autre rive sous le feu des soldats SS qui l'avaient repéré. Il fut retrouvé le lendemain par un cantonnier.

Les premières équipes de secours (Croix rouge, services techniques, FFI,...) arrivèrent au village vers 14h 30, le jeudi 15 juin. Le spectacle de désolation et d'horreur qui s'offrit à elles est sensiblement le même que celui que nous pouvons contempler aujourd'hui. Certes, le temps et les hommes ont aseptisé quelque peu ces lieux qui n'ont plus une partie des gravats jonchant les demeures, ni la noirceur des murs. La mémoire d'Oradour n'en a pas pour autant été trahie. On peut en être convaincu en écoutant les réactions des visiteurs. 


La mémoire.
Dès 1945, le général de Gaulle, alors chef du gouvernement de la République française, soutint l'idée de conserver les ruines d'Oradour << dans le meilleur état de destruction possible >>. Un comité du souvenir fut créé à son initiative, suivi de l'Association nationale des familles des martyrs d'Oradour. Si la volonté de recréer la ville d'Oradour fut quasi unanime, la question se posait quant à la manière dont elle allait être reconstruite. Les critères établis par le ministère de reconstruction furent les suivants: façades et volets gris, interdiction d'apposer des enseignes publicitaires, pas de végétation outrancière, voirie anonyme (toutes les rues portent des numéros les identifiant, à l'image des villes des Etats-Unis, exceptée l'artère principale, qui porte le nom d'avenue du 10 Juin 1944). Pour certains, le nouvel Oradour n'était qu'une ville détruite, et il fallut de nombreuses années avant qu'une véritable renaissance ait lieu, grâce notamment aux activités des associations sportives.

La volonté d'afficher un deuil continu fut aussi sensible dans les modes de vie des familles riveraines d'Oradour. Presque deux générations furent élevées dans le culte du souvenir, allant une fois par semaine au cimetière afin d'entretenir la mémoire du 10 juin 1944. Il semblerait que les années 60 aient contribué à changer quelque peu ces pratiques devenues peut-être trop pesantes.

Pourquoi ?
Que ce soit au début, pendant, ou après la visite, la question est inévitable: pourquoi un tel acharnement, une telle sauvagerie, sur un bourg paisible et sans histoires de Haute-Vienne ? Les historiens, les survivants, toutes celles et tous ceux qui s'intéressent de près ou de loin à Oradour n'ont pas de réponse rigoureuse à fournir. Plusieurs théories s'affrontent, y compris les plus farfelues et parfois dangereuses, puisqu'établies par des négationnistes ou des révisionnistes.

 Certains évoquent ainsi le transport par les SS de 600 kilos d'or et l'attaque du convoi par des maquisards. Fous de rage, les SS auraient organisé une opération de représailles inouïe sur les habitants d'Oradour ! De même, certains ont avancé l'acharnement de la Résistance sur les divisions allemandes en mouvement, ce qui aurait là encore déclenché une opération de représailles massives.

D'autres évoquent une erreur de lecture de la carte, les SS confondant Oradour-sur-Glane et Oradour-sur-Vayres, à plusieurs dizaines de km de là. Dans tous les cas, on ne peut que constater la volonté de minimiser les responsabilités et de tempérer la victimisation des familles martyrisées. La théorie la plus crédible reste toutefois la volonté d'entretenir la crainte et la terreur dans l'esprit des civils marqués par le Débarquement du 6 Juin 1944 et s'apprêtant un jour ou l'autre à être libérés du joug de l'occupant.

Frédéric Vignot
Seconde Guerre mondiale 05-06 / 02


Sources bibliographiques:

"Oradour" de J.J. Fouché - Editions Liana Levi - 2001
"Oradour-sur-Glane, notre village assassiné" de A. Desourteaux et R. Hébras - Editions CMD - 1998
"Oradour-sur-Glane, vision d'épouvante"
de G. Pauchou et Dr P. Masfrand - Editions Lavauzelle - 1970
"Oradour, arrêt sur mémoire" de S. Farmer - Editions Calmann-Lévy - 1994
"Oradour-sur-Glane, le drame heure par heure"
de R. Hébras - Editions CMD - 1992
"Comprendre Oradour",
Centre de la Mémoire d'Oradour - Editions CMO - 2000


Sites internet à visiter:

"Oradour-souviens-toi  10 juin 1944, village martyr" link
"Centre de la Mémoire d'Oradour-sur-Glane" link
"Un site avec de nombreuses photos" link

Une video de l'Institut National de l'Audiovisuel (INA)





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