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Publié par François Gervais


Le 29 juin 1940 à Londres, l'ennemi occupant plus de la moitié du territoire national, le professeur de droit René Cassin chargé par le général de Gaulle de préparer un accord avec les Anglais, suggérant au Général: "Nous sommes l'armée française reconstituée", s'entend répondre par de Gaulle: "Nous sommes la France".

Le 16 juin 1940 à Bordeaux, les forces françaises en dramatique retraite, Paul Reynaud  -Président du Conseil d' un gouvernement dont fait partie le général de Gaulle, gouvernement régulièrement investi le 21 mars précédent et confirmé le 5 juin- mis en minorité au sein de son Conseil, démissionne à 21 heures. Le président de la République Albert Lebrun, dans l'impossibilité matérielle de réunir les deux assemblées (Sénat et Assemblée Nationale), consulte leurs Présidents MM. Herriot et Jeanneney. Les deux personnalités se déclarent catégoriquement partisans de la poursuite de la guerre outremer si nécessaire, et suggèrent au Président de rappeler M. Reynaud pour former un nouveau gouvernement résolu à la résistance. Négligeant ces avis, M. Lebrun fait appel à 23 heures au Maréchal Pétain, fervent chef de file des hommes politiques et des militaires favorables à une demande d'armistice et qui a déja établi la liste de ses futurs ministres. Fatale erreur aux conséquences incommensurables...

A 0h 30, Pétain fait demander l'armistice à l'ennemi par l'intermédiaire de l'ambassadeur d'Espagne. Les armées allemandes sont aussi priées de ne pas investir Bordeaux pour permettre à la nouvelle autorité d'agir. Aucune instance démocratique de la République n'a été consultée avant cet acte dramatique qui engage l'avenir et l'honneur de la France. Le lendemain 17 juin, Pétain annonce aux Français qu'il donne l'ordre aux forces françaises de cesser le combat et ceci avant même que soient connues les réactions et les exigences de l'ennemi. Les conditions de désignation du gouvernement Pétain, nommé contrairement aux avis des Présidents des deux assemblées, et ses premières décisions prises sans aucune consultation, scellent son illégitimité.

C'est dans les circonstances de la soirée du 16 juin, la veille de ce sinistre jour, que le général de Gaulle en provenance de Grande-Bretagne où il a été rencontrer en mission gouvernementale le Premier ministre britannique Winston Churchill, apprend vers 21h 30, alors qu'l regagne Bordeaux, la démission du gouvernement dont il fait partie, et la formation par Pétain d'une autorité décidée à l'armistice, dont il ne peut que constater l'illégalité.

Le lendemain matin 17 juin, de Gaulle n'acceptant pas la perspective d'un armistice, s'envole pour Londres où il va, dans l'après-midi, rencontrer à nouveau Churchill. Ce dernier a pu apprécier la résolution de son interlocuteur aux réunions ministérielles de Briare et de Tours et encore le jour précédent lors de leur entretien. Le Premier ministre britannique aurait-il reçu, pris en considération, donné l'accès à la radio officielle britannique à un quelconque général promu seulement depuis douze mois? Certainement pas. Churchill n'a pris de Gaulle au sérieux que dans la mesure où il appartenait au dernier gouvernement de la République française régulièrement investi. C'est à cette situation que pensait Georges Mandel, alors ministre de l'Intérieur, lorsqu'il recommandait le 13 juin à de Gaulle de ne pas démissionner du gouvernement, même si celui-ci s'orientait vers des décisions qu'il désapprouvait, estimant que sa qualité de ministre pourrait être déterminante pour l'avenir. C'était une remarquable prémonition. De plus, on peut se demander si l'accord avec les Britanniques du 7 août 1940 reconnaissant la mission nationale de De Gaulle, aurait été signé sans le suicide de la République à Vichy le 10 juillet 1940. Cet acte apparaissant à la démocratique Angleterre comme un véritable coup d'état.

Ce jour-là en effet, les deux assemblées de la République, réunies tant bien que mal au casino de Vichy, soit six cent soixante-six présents, se déchargeant sans aucun débat de tous leurs pouvoirs, en fait prononcent leur propre suspension (80 votes contre et 17 abstentions), et confient à un seul personnage, Pétain, l'autorité suprême avec l'effet de promulguer une nouvelle constitution de "L'état Fançais". C'est un coup de force accepté par un vote "véritablement extorqué... un enrôlage" (Marcel Jeanneney, président du Sénat en 1940, au procès de Pétain le 26 juillet 1945). Or la représentation nationale ne disposait d'aucune capacité constituante et, de surcroît, d'aucun pouvoir pour déléguer à quiconque un tel droit qu'elle ne possédait pas.

Pétain en possession du pouvoir absolu ne remplira pas la mission qui lui a été indument confiée, assumera seul les décisions, marquant ainsi son mépris des engagements.

La République qui avait déjà été assassinée n'était plus en France. La légitimité revenait au membre rescapé du gouvernement réellement républicain qui à Londres, dans l'espérance, brandissait le flambeau de la résistance. Tel a été le fondement de l'action de Charles de Gaulle au service de la dignité et de la continuité de la République, et tel est le sens profond de sa déclaration de Brazzaville le 27 octobre 1940, par laquelle il dénie toute légitimité au pouvoir installé à Vichy, et s'engage à restaurer le régime républicain dans son intégralité.

Ce n'est pas la France qui fait effacer la devise de la République, serre la main d'Hitler, fait exclure les juifs de la communauté nationale, accepte l'annexion par l'ennemi de l'Alsace et de la Lorraine, ordonne de combattre les alliés au Liban, arme l'Irak contre ces mêmes alliés, livre des otages, laisse passer les Allemands par la Tunisie, donne l'ordre de tirer en Afrique du Nord sur les libérateurs, celui de saborder la flotte, de traquer et d'exterminer les résistants de l'intérieur.

La France nourrit les rêves et bat dans le coeur des combattants qui, à l'appel de De Gaulle, risquent leur vie pour la sauver de la honte en Erythrée, en Lybie, au Tchad, en Tunisie, en Italie, dans les maquis, les réseaux, sur les plages des débarquements, dans les Alpes et jusqu'au coeur de l'Allemagne. La France, elle marche avec de Gaulle pour la descente des Champs-Elysées, elle jugera librement les mauvais bergers qui ont suivi Pétain sur les voies du renoncement et du déshonneur, enfin, terme de son rude cheminement, elle sera présente le 8 Mai 1945 à la table des vainqueurs.

Et de Gaulle, comme il l'a maintes fois annoncé au long de son extraordinaire et combien périlleux parcours, a réinstallé la République sous ses frontons. C'est ainsi qu'il a pu affirmer en ce jour de gloire du 25 août 1944 dans Paris redevenu libre: << La République n'a jamais cessé d'exister. La France Libre, la France combattante, le Comité français de la Libération nationale l'ont, tour à tour, incorporée. Vichy fut toujours nul et non avenu >>.

C'est alors que le 28 août, un amiral vichyste fait présenter à De Gaulle un plan élaboré par Pétain pour assurer la transmission du pouvoir entre lui et le libérateur, mais sous la condition que ce dernier reconnaisse sa légitimité à lui, Pétain. C'est dire que Pétain lui-même reconnaissait l'illégitimité de son pouvoir. Et c'est le 13 octobre que le Président Albert Lebrun vint voir de Gaulle pour lui dire, bien que son mandat de chef de l'Etat ne soit pas expiré, qu'il ne revendique aucune reprise de ses fonctions  -ce qu'il eut pu exiger n'ayant pas failli-  et qu'il lui est tout acquis en s'effaçant, reconnaissant ainsi la légitimité de l'action passée de son interlocuteur et le confirmant dans sa présente position.

Déclarer aujourd'hui que Vichy était la France c'est insulter la nation et les victimes qui ont payé pour son salut, et l'on ne peut que déplorer que de très hautes instances de l'Etat aient cru bon de rappeler la noire entreprise de Vichy, en paraissant lui reconnaître une légitimité. Ceux qui se sont réjouis d'une telle inutile et malencontreuse réhabilitation, au point de qualifier de "bonne nouvelle", ne refusent pas l'abaissement de leur pays et ne portent sans doute pas en eux la certaine idée de la France qui pousse les victimes des dictatures à chanter La Marseillaise avant de tomber.

La France a assez souffert de sa défaite, des lâchetés et des trahisons pour qu'on n'oublie pas qu'elle n'a pas démérité de son passé, a été sauvée du déshonneur et rétablie sans tache dans sa vocation historique.

Pierre Lefranc
Espoir n° 153 / Décembre 2007

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