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Publié par François Gervais

Lors de la cérémonie commémorative de l'Appel du Général de Gaulle et des divers appels à la résistance de 1940, le secrétaire de l'ULAC, M. François GERVAIS, revint dans son discours sur les évènements marquants de cette journée.

(Je cite) En ce temps là, devant le vide effrayant du renoncement général, ma mission m'apparut d'un seul coup claire et terrible. A ce moment, le pire de son Histoire, c'était à moi d'assumer la France. "Mémoires de guerre, l'Appel" (fin de citation).

Il est certain que nous avons une obligation de gratitude envers ceux qui, en juin 1940, ont tout laissé derrière eux tels les marins-pêcheurs de l'Île de Sein, pour rejoindre le général de Gaulle. Ils avaient entendu l'Appel de Londres.

Le 19 juin, ils s'embarquèrent sur "l'Ar Zénith". Le 24 juin sur "La Velle Da", le 26 juin sur "Le Corbeau des Mers", "La Marie Stella", "Le Romanez Az Peach", enfin, le 23 octobre, sur "l'Yvonne Georges". En tout 141 hommes. 32 ne revinrent pas. Tous répondirent à l'Appel du 18 Juin 1940.

Pour un grand nombre de soldats fourbus et vaincus, pour tant de civils jetés sur les routes de l'exode pendant des semaines dans le sang et la poussière, et se couchant dans les fossés au passage des attaques meurtrières de l'aviation ennemie, enfin pour les "anciens" qui ont encore au fond des yeux le spectacle des carnages de <<l'autre guerre>>, un immense et premier soulagement précède l'humiliation.

Ca et là, dans les colonnes brisées et désarticulées de l'armée française, on lance son casque en l'air. Dans certaines granges d'Auvergne on danse au son de l'accordéon. Chacun ne songe qu'à la paix revenue. C'est la fin d'un mauvais rêve.

Que ce soit aussi le début d'un long cauchemar, n'est encore sensible qu'à bien peu...

Et cependant, au fil des jours, voici que l'on commence à parler du général de Gaulle. L'homme qui à dit << non >> à la défaite. Certains l'ont entendu à la radio de Londres et d'autres croient ou disent qu'ils l'ont entendu. Son nom à la "Vercingétorix" frappe l'oreille et exalte l'âme. On s'interroge. Y aurait-il deux France?

L'une chargée des lauriers de la victoire de 1918, mais qui capitule en rase campagne, et l'autre, mystérieuse, réduite à quelques soldats indomptables, parfois sans chefs et souvent sans armes, et qui de Londres et d'ailleurs, ont fait le pari insensé de gagner une guerre que l'on croyait perdue.

De Gaulle est seul. (Je cite) A mes côtés, pas l'ombre d'une force, ni d'une organisation. En France, aucun répondant et aucune notoriété. A l'étranger ni crédit, ni justification. Mais ce dénuement même me traçait ma ligne de conduite. C'est en épousant sans rien ménager, la cause du salut national, que je pourrais trouver l'autorité. C'est en agissant comme conquérant inflexible de la nation et de l'état, qu'il me serait possible de réunir parmi les Français, les consentements, voire les enthousiasmes. (Fin de citation).

Certes, les ondes de la BBC constituent un instrument précieux mais dont l'efficacité est encore limitée. De Gaulle ne se fait aucune illusion: l'attention des Français est uniquement absorbée par ce qui se passe à Bordeaux et à Rethondes. Ils sont soucieux du sort des prisonniers. Ils sont heureux de la future démobilisation. Ils se réjouissent du retour de ceux qui ont fait l'exode, mais aussi, ils s'inquiètent déjà de la perspective des restrictions à venir.

Pour que naisse l'esprit de la France Libre, celle-ci devra avoir son territoire. Le général de Gaulle devra d'abord forcer le destin, et effectuer le rassemblement des partisans de la continuité de la lutte. Autour de lui, il a besoin d'hommes intègres, respectés, courageux, voir même au dessus de lui. Il a besoin de chefs jouissant auprès de l'étranger d'un plus grand crédit que celui dont il dispose. Tout naturellement, le regard du général de Gaulle se tourne vers l'Empire.

Le 19 juin, il télégraphie au général Noguès, commandant en chef en Afrique du Nord et "Résident général" au Maroc, pour se mettre à ses ordres, au cas où il refuserait l'armistice. Le soir même, il renouvelle son offre, cette fois sur l'antenne de la BBC. Enfin, le 24, il envoie un second télégramme à Noguès, en vain.

Se trouvant ainsi esseulé, le Général fit appel à tous ses compatriotes, quel que soient leurs conceptions psychologiques et idéologiques. Ainsi, il installa Jean Moulin, ancien préfet d'Eure-et-Loir, coordinateur du Conseil National de la Résistance. Celui-ci, comme d'ailleurs un certain nombre de ses "collègues", avait fait placarder le 10 juillet 1940, un appel à résister à l'envahisseur fasciste.

L'esprit de la France Libre, ce sera aussi le symbolique "Chant des Partisans". Animateur à la BBC de l'émission Honneur et Patrie, et fondateur du mouvement de Résistance Libération, Emmanuel d'Astier de la Vigerie recherche alors un indicatif musical pour lancer son rendez-vous quotidien radiophonique.

Ce sera sur une mélodie russe proposée par Anna Marly, que Maurice Druon et son oncle Joseph Kessel, vont poser des vers qui épouseront magnifiquement cette musique. Et ce fut le dimanche 30 mai 1943, que l'on entendit pour la première fois cette chanson sur les ondes anglaises. "Le Chant des Partisans", l'hymne de l'Armée des Ombres au départ, va devenir en fait l'hymne officiel de la Résistance française.

Maurice Druon qui nous a quittés voici deux mois, était l'un des derniers témoins londoniens de cette époque. Un des derniers témoins de cette France Libre, voulue et désirée par le général de Gaulle.

Il est incontestable aujourd'hui que nous devons être reconnaissants envers ceux qui ont tout abandonné pour répondre au général de Gaulle. Que ce soit en Angleterre, que ce soit ici en France dans la clandestinité, et partout dans le monde où la liberté de la France était menacée, nous nous devons de saluer leur mémoire. Souvenons-nous de tous ces sacrifices, de cet idéal fragile que tous ces disparus nous demandent de défendre. Sans eux, rien n'aurait été possible.

J'aimerais ce soir clore mes propos, en empruntant à Anatole France, cette citation qui résume mon billet: "Se souvenir et pratiquer le devoir de mémoire, c'est le meilleur moyen de préparer l'avenir".

Je vous remercie.

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