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3) COMBAT, un Etat en miniature

Combat, à l'instar de tous les organes résistants, possède un point commun avec Vichy, c'est la détestation de la IIIe République et des partis politiques. Cependant, Frenay nuance sa position lors du procès de Riom (octobre 1942) et affirme des sentiments en faveur de la République. En fait, l'hostilité, note Henri Michel, s'exprime davantage à l'égard des hommes qu'envers les institutions. Ainsi, des contacts sont pris avec le Parti communiste comme l'atteste le tract du 16 octobre 1942 intitulé << Pas un homme pour l'Allemagne >> et portant la signature de Combat, Libération, Franc-Tireur, Front National, Parti communiste.

Comment les Résistants pourraient-ils ignorer les communistes très actifs depuis l'invasion de l'URSS par l'Allemagne, et représentés à Londres en la personne de Fernand Grenier, mais toutefois pas avant novembre 1942? Si le Parti socialiste ne renaît pas immédiatement du fait de ses divisions, un Comité d'Action socialiste (CAS) se met en place. Léon Blum, de sa prison, donne des directives pour que les socialistes entrent dans les mouvements et soutiennent l'action de la France Libre. Eux aussi sont représentés à Londres, officieusement par André Philip, puis officiellement par Félix Gouin, en septembre 1942.

Les socialistes sont cependant plus nombreux à Libération qu'à Combat, réputé plus "à droite". De plus, les éléments démocrates chrétiens de Combat imaginent déjà un grand parti pour la libération. Le MRP est en germe. Les chefs de la Résistance sont donc, malgré leur hostilité initiale, obligés de composer avec les partis politiques que le général de Gaulle imposera au sein de CNR, comme gage de sa légitimité républicaine.

Les Résistants conçoivent le combat comme étant celui du Monde libre contre la dictature. Britanniques, Américains et Soviétiques sont donc des alliés naturels. La position à l'égard de l'URSS est celle de de Gaulle: << La France qui combat est avec la Russie qui combat... >> Ambigus, les Américains misent d'abord sur Vichy, puis après le débarquement en Afrique du Nord, sur Giraud. Or, Combat est résolument gaulliste, comme l'atteste la une du journal du 15 novembre 1942: << Vive les Alliés, vive le général de Gaulle >>. Dans le même ordre d'idée, quand les agents secrets anglais tentent de "débaucher" les membres des mouvements, avec l'argument suprême  -l'Angleterre peut livrer les armes, ce que la France Libre est incapable de faire-  Frenay envoie un message au général Gubbins, chef du SOE pour lui dire qu'il fera abattre ses agents, de préférence à ceux de la Gestapo!

On a souvent présenté Combat comme le mouvement le plus "à droite", sans doute parce que les communistes y constituaient la portion congrue. Pour Frenay, cependant, il semble que les hommes comptent plus que les doctrines et plus particulièrement << les hommes que la Résistance a révélés à eux-mêmes >> et formant << une aristocratie nouvelle du courage et de la volonté >>. L'utopie de Combat et particulièrement de Frenay, au delà de son engagement pour une économie distributive et l'avènement d'une "nouvelle République", réside dans l'idée européenne: << Les Etats-Unis d'Europe, étape vers l'unité mondiale [...] Non une Europe asservie, sous la schlague d'une Allemagne ivre de sa force, mais une Europe unie, organisée sur la base du droit dans la Liberté, l'Egalité et la Fraternité >> (Combat du 25 décembre 1942).

Combat est un mouvement dont la composante militaire est importante: la section Choc, outre l'Armée secrète, comprend les groupes-francs dirigés par Jacques Renouvin, et les maquis. La répression rend indispensable la mise en place d'un service social, dirigé par Bertie Albrecht jusqu'à son arrestation, et qui était assistante sociale de formation. Il faut également apporté une aide matérielle, mais aussi psychologique aux familles des camarades arrêtés. La préparation de la Libération, mais aussi la nécessité pour la Résistance d'avoir des appuis dans les administrations publiques, a motivé la création des NAP (Noyautage des Administrations publiques) et l'instauration du STO pousse Combat à instituer l'Action ouvrière, dont l'objet est de convaincre les ouvriers de ne pas partir en Allemagne. Ajoutons un service des faux papiers, les services du logement, des relations extérieures, les finances. Henri Michel a comparé Combat à un Etat en miniature.

L'organisation centrale, c'est d'abord Frenay, installé à Lyon, puis dans l'arrière-pays, ce qui lui a permis, du fait de son extrême mobilité, de déjouer la traque de la Gestapo et de la police de Pétain. Libre de son temps depuis sa démission de l'armée, Frenay est l'infatigable organisateur du mouvement, mais pas le seul dirigeant. Le groupe des démocrates chrétiens, Teitgen, de Menthon, Bidault, y tient une place importante. Mais les plus proches collaborateurs de Frenay sont Claude Bourdet, spécialisé dans les questions politiques, qui assure la direction lors des voyages de Frenay à Londres ou dans les régions, Chevance qui s'occupe des questions militaires et Bénouville, sorte "d'agent diplomatique" auprès des Américains en Suisse. Tous membre du Comité directeur.

Au sein du Secrétariat général, la principale collaboratrice de Frenay est Bertie Albrecht, véritable "chef de Cabinet", rédigeant ordres, circulaires, bulletins, remplaçant le "patron" lors de ses fréquents voyages, elle-même grande voyageuse et organisatrice infatigable. Jean-Guy Bernard, polytechnicien mais aussi pilote, assure la liaison entre Frenay, les chefs régionaux et les différents services: il prend les ordres de Frenay dans ses différentes retraites, fait exécuter les décisions, accomplit des missions auprès de Jean Moulin et des autres chefs de mouvements, réorganise la région de Montpellier mise en péril par des arrestations, des départs, des querelles personnelles. Ces deux "chevilles ouvrières" du mouvement ne verront, hélas, pas la Libération...

Jean-Claude Bourgault
Professeur d'histoire
Seconde Guerre mondiale N° 7 / 03-04 003

Fin de la troisième partie. A suivre, quatrième et dernier volet: Combat, un journal.

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