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Publié par Françoi Gervais


4) Combat: un journal

Faire de la Résistance consiste d'abord à faire de la propagande et l'instrument privilégié est le journal. Petites Ailes d'abord, puis Vérités en zone Sud, Résistance pour la zone Nord, enfin Combat après la fusion avec le mouvement de François de Menthon, qui deviendra l'organe des Mouvements de Résistance Unis (M.U.R.) en avril 1943. Cinquante huit numéros au tirage grandissant (10 000 exemplaires en 1942, 200 000 en 1944): le contenu de Combat permet de suivre l'évolution de la ligne politique du mouvement.

Anti-allemand à l'origine, le ton devient progressivement anti-pétainiste, puis, à partir de l'imbroglio d'Alger (décembre 1942), résolument gaulliste: << Un seul chef, de Gaulle >>, titre-t-il à cette date. Il exalte les coups de mains des groupes francs, les manifestations patriotiques, les victoires des Alliés et de Leclerc, les succès des maquis. Il relaie la propagande de l'Action ouvrière des M.U.R. et des syndicats, contre la déportation et pour la défense des travailleurs.

L'extraordinaire réussite de ce journal tient du miracle, mais est surtout le fruit des talents d'organisateur, du courage, et de l'imagination d'André Bollier qui réussit, alors que le papier était introuvable, à s'en procurer par wagons entiers, en créant une société fictive qui lui permettait de recevoir une importante allocation de l'organisation "Officiel de répartition" de Vichy. Les wagons venaient d'Allemagne!!

André Bollier (alias Velin) s'est par deux fois échappé des griffes de la police de Vichy. Il a été ensuite arrêté en mars 1944 par la Gestapo, interrogé et torturé pendant deux mois, sans rien lâcher. Mieux encore, il parvint à s'évader. Frenay raconte dans ses mémoires la fin héroïque de son ami.

Rentré à Lyon dans son imprimerie, (officiellement déclarée comme "Bureau de recherches géodésiques et géophysiques") où il habite et qui sert aussi d'officine de faux papiers, il est de nouveau dénoncé. Frenay tient ses informations de Pascal Pia, un des rédacteurs du journal qui, lui-même, les tient d'une des collaboratrices de Bollier, Lucienne, que les F.F.I. feront évader de l'hôpital où elle était soignée: << Le matin du 17 juin tout est calme (...) Chacun est à son travail. En un instant, le drame éclate. Par un vasistas, apparaissent une tête, un bras, un pistolet mitrailleur "Police, rendez-vous!" Bollier claque le vasistas. Une rafale éclate. Vacher est tué, l'un des plus anciens membres de l'équipe. Bollier riposte avec la parabellum qui ne le quitte jamais. Par l'arrière, entraînant Lucienne, il gagne la cour, lui fait escalader le mur de clôture qu'il saute derrière elle. Ce qu'ils ne savent pas, c'est que 200 miliciens cernent le quartier. En courant, ils traversent un jardin, débouchent dans une rue et se croient sauvés. Une longue rafale de mitrailleuse: ils tombent, Lucienne est blessée aux jambes, Bollier a plusieurs balles dans le corps. Il est parfaitement lucide, étonnamment calme. "Ils ne m'auront pas vivant", dit-il dans un sourire et sa dernière balle est pour lui... >> Henri Frenay sera le parrain du fils d'André Bollier dont la femme, Noelle, était enceinte. Vianney Bollier sera polytechnicien comme son père.

On sait que Combat aura ensuite des collaborateurs prestigieux dont Albert Camus. Combat, c'est aussi les groupes francs qui ont la difficile tâche de faire évader leurs camarades emprisonnés, souvent à la suite de trahison, de punir les traîtres et les collaborateurs, et d'organiser des sabotages contre tout ce qui peut participer de l'effort de guerre allemand. Pour Frenay, la Résistance est un combat, ce qui suppose une armée secrète. Il faut donc recruter et organiser ces hommes qui, aux côtés des alliés, devront participer à la libération de la patrie.

Frenay n'aura de cesse de trouver des armes. L'espoir de récupérer celles de l'armée d'armistice envolé après novembre 1942, Frenay doit se tourner vers les Alliés. Il semble que malgré la pénurie de matériel et l'insuffisance de l'instruction, l'Armée Secrète ait pu compter sur une trentaine de milliers d'hommes en 1943 dont les trois quarts issus de Combat. Qui va les diriger? Frenay est tout désigné: officier d'état-major, il en est le fondateur.

Finalement, les réticences des chefs des autres mouvements et celles de Jean Moulin qui craint l'esprit d'indépendance de Frenay, font que le choix se fera sur Charles Delestraint, dépourvu d'expérience en matière de lutte clandestine, mais général résistant et gaulliste... De Gaulle entérine le choix de Moulin et de Frenay et écrit à Delestraint: << Personne n'est plus qualifié que vous pour entreprendre cela... Je vous embrasse... Nous referons l'Armée Française. >>

Les difficultés commencent alors, car Delestraint a une conception militaire de l'organisation qui n'est pas partagée ni par Frenay ni par l'ensemble des résistants qui veulent conserver la maîtrise de leur action. De Gaulle envoie alors une note secrète à Vidal (pseudonyme de Delestraint), précisant que l'action immédiate sera laissée à l'initiative des mouvements. Mais au jour J, le commandement de la Résistance toute entière (y compris les groupes francs et l'insurrection populaire) sera assurée par le chef de la France Libre. Après l'arrestation de Delestraint, le 9 juin 1943, et la nomination de Jussieu (Pontcarral) chef régional de Clermont-Ferrand à la tête de l'A.S., ce sont les conceptions de Frenay qui l'emportent.

Pourtant, resté à Londres puis à Alger, Frenay n'aura plus d'influence sur celle-ci. Ses camarades de Combat auront beau réclamer son retour, de Gaulle n'autorisera pas son Commissaire aux Prisonniers, Déporté et Réfugiés à rentrer en France: << L'intérêt général commande que vous poursuiviez la tâche que vous avez entreprise ici >>, lui lâche-t-il pour toute justification. Les militants de Combat se fondent alors dans les organes unifiés de la Résistance et les maquis.

Jean-Claude Bourgault
Professeur d'histoire
Seconde uerre mondiale N° 7 03-04 003

Dernière partie et fin de l'article.

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