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Publié par François Gervais


Le 27 mai 1943, Jean Moulin qui est entré dans l'Histoire comme l'unificateur de la Résistance, avait présidé  -étant délégué du Général de Gaulle-  la réunion constitutive du Conseil National de la Résistance (C.N.R.). Moins d'un mois plus tard, le 21 juin à Caluire (près de Lyon), il fut arrêté avec ses compagnons lors d'une réunion de responsables nationaux de la Résistance, par la Gestapo, dont les sbires le torturèrent à mort. La date probable de son décès est le 8 juillet 1943 à Metz, sur le chemin de la Déportation. On sait que ses cendres reposent depuis 1964, au Panthéon.

La disparition de Jean Moulin ne mit pas un terme à son oeuvre; les membres du C.N.R. continuèrent à travailler, à échanger leurs points de vue dans les conditions périlleuses de la clandestinité, Georges Bidault ayant succédé à Jean Moulin à la présidence de cet organisme essentiel de la France Résistante. Une tâche primordiale assignée au C.N.R. fut l'élaboration d'un programme comportant deux parties:

1. Plan d'action immédiate.

2. Mesures à appliquer dès la Libération du territoire.

Après plusieurs mois de tractations, le programme d'action du C.N.R. fut adopté le 15 mars 1944 à l'unanimité, << en pleine lutte du peuple de France contre ses oppresseurs >>, comme l'a écrit Louis Saillant, qui fut le successeur de Georges Bidault. Le texte adopté met en cohérence la volonté de lutte et l'exigence de la société après la Libération.

Le Plan d'Action Immédiate.

Le "Plan d'action immédiate" dénonce la <<destruction physique de la Nation que l'oppresseur hitlérien poursuit avec l'aide du gouvernement de Vichy>>. Il exprime la volonté des Résistants français de combattre aux côtés des armées alliées et pour cela, d'obtenir des armes; il souligne que les maquis sont <<l'avant-garde de l'armée de la Libération>>.

Le 15 mars 1944, les Résistants de France ignoraient évidemment la date et le lieu d'un débarquement libérateur des forces militaires alliées, qui devaient se réaliser le 6 Juin. Mais les membres du C.N.R. prévoyaient déjà, espérant <<que les opérations de libération du pays... pourront être... avancées grâce à l'aide apportée par les Français dans la lutte engagée contre l'ennemi commun>>.

Le "Plan d'action immédiate" prévoit la formation de comités de villes et de villages et, au niveau départemental, des Comités Départementaux de la Libération (C.D.L.). Il élabore de multiples mesures d'action et de solidarité, envers les emprisonnés, les déportés et les familles des <<victimes de la terreur hitlérienne et vichyssoise>>. Le programme préconise de <<renforcer les organisations armées des Forces Françaises de l'Intérieur (F.F.I.), de harceler les troupes ennemies et de coordonner l'action militaire avec l'action de résistance de la masse de la Nation>>. Ce qui est remarquable, c'est que ces directives furent effectivement appliquées et le furent d'autant mieux, que l'autorité du C.N.R. tenait au fait qu'il regroupait toutes les forces de la Résistance intérieure.

Les mesures à appliquer dès la Libération du territoire.

La première partie du Programme concerne la lutte décisive contre l'occupant, pour la libération. La seconde partie  -c'est à dire les mesures "d'établissement de la démocratie la plus large" et les mesures "économiques et sociales"-  ont la caractéristique de n'être pas, historiquement, limitées dans le temps. Elles ont, dans les premières années de la République rétablie, été en grande partie mises en oeuvres. Elles ont, par exemple, inspiré l'établissement de la Sécurité Sociale.

Sans reproduire le Programme du C.N.R. dans son intégralité, on peut citer les points suivants:
. la pleine liberté de pensée, de conscience et d'expression; la liberté de la presse... la liberté d'association, de réunion et de manifestation... le respect de la personne humaine, l'égalité absolue de tous les citoyens devant la loi...

. sur le plan économique, l'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie..., le retour à la notion des grands moyens de production monopolisés...

Il est à noter que ces mesures sont en osmose avec les réformes  -qu'à la même date-  le Général de Gaulle proclame qu'il entend accomplir.

La dernière partie de la charte de la Résistance se situe sur le plan social:
. le droit au travail et le droit au repos... un réajustement important des salaires... la stabilité de la monnaie, la reconstitution... d'un syndicalisme indépendant... un plan complet de Sécurité Sociale... la sécurité de l'emploi... une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours... la possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l'instruction et d'accéder à la culture la plus développée...

Pour évoquer le climat dans lequel fut élaboré le Programme du C.N.R., il suffit de citer sa conclusion: << En avant donc, dans l'union de tous les Français rassemblés autour du C.F.L.N.* et de son président le Général de Gaulle ! En avant pour le combat, en avant pour la victoire, afin que VIVE la FRANCE ! >>

Jacques Weiller
Secrétaire Général adjoint de l'U.F.A.C.
Vice-président de l'A.N.A.C.R.
UFAC Informations n° 98 / 07-2009

* C.F.L.N. Comité Français de la Libération Nationale

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