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Publié par François Gervais

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Symbole des femmes étrangères engagées dans la Résistance française, Olga Bancic appartenait au groupe des 23 Résistants que "l'Affiche Rouge" rendit célèbre: 20 étrangers et 3 Français, 12 juifs sur 23. Ils appartenaient aux FTP-MOI (Francs-Tireurs et Partisans de la Main-d'Oeuvre Immigrée), organisation de combat très active dans la région parisienne en 1942-1943. Arrêtés et torturés, les 22 hommes furent fusillés le 21 février 1944 au Mont Valérien. Parce qu'une femme n'a pas droit au peloton d'exécution, selon le droit militaire allemand, Olga Bancic sera décapitée à la prison de Stuttgart le 10 mai 1944, jour de ses 32 ans.

 

olgaOlga est né en 1912 à Kischinev, dans la Roumanie alors intégrée à l'Empire russe. Sixième enfant d'une famille de petits fonctionnaires, elle connaît très tôt la misère et la guerre. Apprentie matelassière dès l'âge de 12 ans, elle participe à une grève, est emprisonnée, battue, relâchée, et enfermée à nouveau pour les mêmes motifs.

 

Elle n'a pas encore 17 ans quand elle se marie et part à Bucarest. Elle rejoint les rangs des Jeunesses communistes. En 1933, les fascistes roumains répriment brutalement le mouvement de protestation s'opposant à l'avènement d'Hitler à la tête de l'Allemagne.

 

Olga est condamnée à deux années de prison qu'elle purge. Libérée, mais sous surveillance, elle gagne la clandestinité. Traquée, elle quitte son pays pour la France. Nous sommes en 1938, et Olga participe activement à l'aide aux Républicains espagnols. Début 1939, elle devient maman d'une petite fille qu'elle appelle Dolorès, en hommage à Dolorès Ibarruri, la "Passionaria".

 

Au cours de la guerre, elle intègrera les FTP-MOI. Plus précisément au 1er détachement, composé en majorité de Roumains d'origine juive. Chargée d'un service de liaison, son nom de code est Pierrette et ses faux papiers la nomment Alice Montia ou bien Marie Lebon. Son mari, Alexandre Jar, appartient également au 1er détachement MOI. D'un commun accord, ils décident de vivre séparément (sécurité oblige). La petite Dolorès est mise à l'abri dans une famille française.

 

Olga gère un dépôt d'armement et organise la distribution et la récupération des armes lors des "coups de main" contre l'occupant.

 

Le 16 novembre 1943, à l'issue de l'une des filatures des Brigades Spéciales de la préfecture de police de Paris, Olga Bancic, Marcel Rayman et de nombreux autres FTP-MOI se retrouvent dans les locaux des B.S., salle 23.

 

Les témoignages concordent: interrogatoires sauvages pour tous  -Olga est allongée sur deux bancs réunis par ses camarades-  elle a un courage énorme... Elle quitte la préfecture pour la prison de Fresnes, le 27 novembre probablement.

 

Le procès des 23 s'ouvre le 19 février 1944: 23 condamnations à mort. Olga sera déportée, d'abord à Karlsruhe, puis à la prison de Stuttgart où, le 10 mai à 5 heures, elle est décapitée.

 

Sa dernière lettre, elle l'écrit pour Dolorès:

Ma chère petite fille, mon cher petit amour,

Ta mère écrit la dernière lettre, ma chère petite, demain à 6 heures, le 10 mai, je ne serais plus.

Mon amour, ne pleure pas, ta mère ne pleure pas non plus. Je meurs avec la conscience tranquille et avec toute la conviction que demain tu auras une vie et un avenir plus heureux que ta mère. Yu n'auras plus à souffrir. Sois fière de ta mère, mon petit amour. J'ai toujours ton image devant moi.

Je vais croire que tu verras ton père, j'ai l'espérance que lui aura un autre sort. Dis-lui que j'ai toujours pensé à lui comme à toi. Je vous aime de tout mon coeur. Tous les deux vous m'êtes chers. Ma douce enfant, ton père est, pour toi, une mère aussi. Il t'aime beaucoup.

Tu ne sentiras pas le manque de ta mère.

Ma chère enfant, je finis ma lettre avec l'espérance que tu seras heureuse pour toute la vie avec ton père, avec tout le monde. Je vous embrasse de tout mon coeur, beaucoup, beaucoup.

Adieu mon amour.

Ta mère

Olga Bancic

 

Alain Simonet

"Châteaubriant"

(Journal de l'Association Nationale des Familles de Fusillés et Massacrés de la Résistance Française et de leurs Amis)

n° 230 / 2009

 

 

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François GERVAIS 15/08/2010 11:16



Cher Monsieur, merci de l'intérêt que vous porter à cette grande dame de la Résistance.


Je suis particuluèrement heureux du bonheur que j'ai pu vous apporter en publiant cet article.


Afin d'être tenu au courant des nouveaux articles mis en ligne, je vous recommande vivement de vous inscrire à la newletter du blog.


Avec toute mon amitié.


François GERVAIS (administrateur du blog)



Pierre Simard 15/08/2010 02:47



L'histoire d'Olga Bancic me touche beaucoup. J'ai parfois l'impression d'avoir participé au mouvement de la résistance française. Pourtant, je suis né en 1950. ll faut croire que tous les livres
que j'ai lus au sujet de la deuxième Guerre mondiale m'ont marqué.