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Publié par François Gervais


Le dimanche 3 septembre 1939, moins d'un an après les "Accords de Munich", l'Angleterre et la France décident de porter secours à la Pologne envahie par les troupes nazies. Entre Londres, Paris, Rome et Berlin, des coups de téléphone dramatiques s'échangent durant deux jours et deux nuits. Hitler, sommé de retirer ses troupes de Pologne, refuse. La Seconde Guerre mondiale vient de commencer...

Sur le terrain, Hitler n'a pas lésiné. Une provocation bien montée, d'abord. Le 31 août à 20 heures, à Gleiwitz, une ville proche de la fontière polonaise où se trouve une station radio, Alfred Naujocks, un officier SS qui appartient au Sicherheitdienst (SD) de Reinhard Heydrich, reçoit l'ordre d'entrer en action. Sa mission, simuler une attaque polonaise contre la station allemande. Tout a été prévu. Les morts sur le terrain sont des prisonniers des camps de concentration revêtus d'uniformes polonais et abattus sur place. Hitler tient son prétexte. A l'aube du 1er septembre, sans avertissement, les troupes allemandes franchissent la frontière sur plusieurs points. Le cuirassé "Schleswig-Holstein" ouvre le feu de toutes ses pièces sur Dantzig où vit une forte communauté germanique. Le Gauleiter nazi Forster annonce que << la ville a proclamé l'Anchluss >>. Puis il déclare que << la cité libre de Dantzig, son territoire et sa population font partie intégrante du Reich avec effet immédiat >>. En Prusse orientale, en Poznanie du Sud, en Silésie, à la frontière slovaque, de violents bombardements détruisent les noeuds de communications et les positions de résistance.

Moins de 48 heures à peine après le déclenchement de la Blitzkrieg (la guerre éclair), les armées polonaises sont déjà rompues, les divisions tournées et coupées les unes des autres. Les Panzerdivisionen poursuivent leur avance. Au nord, la IIIe Armée du généraloberst Georg von Kuchler atteint Mlawa, dont les défenseurs protègent Varsovie, et fait sa jonction avec la IVe Armée de Gunther von Kluge, prenant ainsi en tenaille le corridor de Dantzig. Au centre, la Xe Armée de Walter von Reichenau. Au sud, la XIVe Armée de Wilhelm von List qui monte de Cracovie.

En vain, l'aviation et l'armée de Terre polonaise se sacrifient en se jetant à corps perdu dans les combats. En vain, volants sur des appareils de modèle nettement inférieurs à ceux des avions allemands, les pilotes polonais multiplient les exploits allant jusqu'à foncer sur leur adversaire quand ils ont épuisé leurs munitions. En vain ont-ils abattu 32 appareils en deux jours. La Luftwaffe a balayé du ciel ou détruit au sol... 300 avions polonais!

La majeure partie du Parlement polonais s'engage. Des milliers de femmes réclament des armes pour aller combattre. Varsovie se hérisse de tranchées. Une foule immense défile devant les ambassades de France et de Grande-Bretagne, jette des bouquets de fleurs par-dessus les grilles, chante des couplets de La Marseillaise et le God Save The Queen. Les Polonais attendent sous les bombes un message clair de leurs alliés.

A Paris, la population ne croit pas à l'imminence de la guerre. Le soleil de septembre perce sous les nuages. Il fait doux. Sur les grands boulevards, il y a de longues files d'autobus et de camions réquisitionnés. Les théâtres et les cinémas ferment. Les courses de chevaux sont annulées. Les églises sont pleines jusqu'aux parvis de fidèles qui prient avec ferveur. Dans le quartier de l'Opéra, des agents de la défense passive organisent une distribution de masques à gaz. La radio conseille: << Eteignons les lumières. >> Le métro circule à circuit réduit. Les caves sont recensées. Elles serviront d'abris. La population est calme. Les terrasses de café sont bondées. Trente mille enfants ont été évacués par trains spéciaux.

Edouard Daladier, le Chef du Conseil, têtu et râblé, tient le pouvoir. Dans l'après-midi de ce samedi 2 septembre, il a obtenu un vote à main levée de 65 milliards de Francs pour ouvrir les hostilités en cas de refus du dictateur nazi de suspendre son offensive en Pologne. Le général Gamelin, chef de l'état-major général des armées, appelé en consultation, descend de son interminable Hotchkiss noire. Leggins cirées, baudrier astiqué, le visage immobile, le pas lourd, il a 67 ans.

A Daladier qui le consulte, il demande un délai de 24 heures. Les routes de France et le rail sont encombrées cette nuit-là de convois militaires qui pourraient être attaqués par la Luftwaffe. La France compte, réservistes inclus, près de cinq millions d'hommes sous les armes. Le généralissime est confiant. Il est persuadé que Hitler tombera dès que la France déclarera la guerre. Il l'a dit publiquement: << Nous entrerons en Allemagne comme dans du beurre... >>

Londres presse Paris d'adresser un ultimatum commun à Berlin. Churchill, des sanglots dans la voix, téléphone à Varsovie pour assurer les Polonais du soutien des Britanniques. La révolte gronde à la Chambre des Communes contre le gouvernement qui devrait enjoindre avec énergie à Hitler d'évacuer le territoire polonais. Le Premier ministre britannique Sir Neuville Chamberlain prévient Edouard Daladier que << quoi que fassent les Français, l'Angleterre agira >>. Le 3 septembre, à 9 heures du matin, Sir Neville Henderson, représentant la Grande-Bretagne à Berlin, lit au Dr Schmidt, l'interprète personnel d'Hitler, l'ultimatum de son gouvernement.

De son côté, quelques minutes avant midi, Robert Coulondre, ambassadeur de France en Allemagne, donne lecture à Joachim von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères du IIIe Reich, du texte de l'ultimatum français.  -Très bien, répond l'Allemand d'une voix glacée. La France sera l'agresseur.

Cette fois, une aventure terrible s'ouvre à l'Europe et peut-être au monde...

En Pologne, la bataille se poursuit. Le 5 septembre, plusieurs faubourgs de Varsovie sont touchés par un bombardement mené par près de 80 bombardiers, dont 19 seront abattus. De la capitale on entend sans arrêt le canon. La ville est traversée par de longues files de paysans réfugiés fuyant, dans des directions opposées, l'envahisseur. Des camions, aussi vite que le permet cette affluence, emportent des troupes vers les différents fronts. Le gouvernement quitte Varsovie. Le corps diplomatique suit. A l'Est, les Russes arrivent. Le bruit court qu'un accord est intervenu entre Berlin et Moscou pour le partage du pays*.

Les troupes allemandes avancent toujours. Des divisions polonaises isolées se battent avec acharnement. D'abord proclamée "ville ouverte", Varsovie se défend. Le lendemain du repli du gouvernement polonais, la radio allemande avait annoncé que les troupes du Reich y feraient leur entrée dans la soirée. La population en a décidé autrement. Les ouvriers se sont armés, ont dressé des barricades et les avant-gardes allemandes ont été reçues à coup de mitrailleuses. Durant des jours, la ville incendiée, écrasée sous les bombes, se défend héroïquement.

Le 17 septembre, l'Armée Rouge envahit la Pologne par l'Est. Le gouvernement polonais fuit en Roumanie. Varsovie résiste désespérément. Le 27 septembre, défendue par un général polonais qui s'appelait... Rommel, la ville capitulera. Les Allemands lui accordent les honneurs de la guerre. L'URSS prend sous "sa protection" la vie et les biens de la population de l'Ukraine et de la Russie blanche occidentale. C'est la fin de la Pologne du maréchal Joszef Pisuldski.

Londres et Paris sont stupéfaits. L'état-major polonais était sûr de tenir six mois. Son armée s'était effondrée en moins de quatre semaines. Que s'était-il passé? Varsovie avait sans conteste sous-estimé la puissance, la mobilité et les qualités tactiques de la Wehrmacht. Hitler n'avait pas hésité sur les moyens. L'OKW (Oberkommando der Wehrmacht/Haut-Commandement de l'armée), avait engagé contre la Pologne la moitié de ses forces (70 divisions), la totalité de ses divisions blindées (quatre), ses divisions motorisées (cinq), et tous les avions de première ligne (2 500 appareils).

Face au "rouleau compresseur" allemand, fin prêt pour la Blitzkrieg, les Polonais avaient affirmé à leurs alliés français et anglais disposer de quatre-vingt divisions prêtes à intervenir. Peut-être le croyaient-ils eux-mêmes. En fait, ils ne pouvaient aligner que trente divisions d'infanterie, une quarantaine de régiments d'artillerie, trente-sept régiments de cavalerie prêts à tous les héroïsmes, mais de peu de poids face aux Panzer, et... une centaine de chars de divers modèles assez anciens et 320 avions. Les forces navales étaient très modestes.

Malgré les rodomontades du maréchal Ridz Smigly, Hitler était sûr de détruire cette armée en retard d'une guerre. Avec une folle présomption et un manque total du sens des réalités, l'état-major mégalomane polonais avait massé l'élite de ses troupes, soit 13 divisions, aux environs de Posen << pour marcher sur Berlin >>. Le maréchal Smigly, commandant en chef des Armées avait même déclaré à Gamelin qu'il opposerait aux blindés de Hitler << les raids de l'excellente cavalerie polonaise... >>.

Après cette campagne foudroyante, une des trois armées alliées était rayée des contrôles. Hitler, associé à Staline, était assuré de ne plus avoir à lutter sur deux fronts. Le Führer annonçait à son peuple que la Wehrmacht n'avait perdu que 10 000 hommes et avait fait 450 000 prisonniers. Staline, lui, en annonçait 200 000. La Pologne occupée, vaincue, asservie, dépecée était "finie".

Le coup d'assommoir porté aux Polonais aurait dû arracher nos politiques et notre état-major à la somnolence qui les anesthésiait. Il annonçait l'orage de fer et de feu qui allait s'abattre sur la France et la mettre à genoux. Or, durant près de huit mois sur des positions figées, la majorité des soldats français ne tira pas un seul coup de fusil, à part les bagarreurs professionnels des Corps francs. Convois militaires et trains de voyageurs circulent paisiblement de chaque côté du Rhin. Pertinax dans "L'Echo de Paris" parle << d'un armistice de fait >>. André Billy dans "L'Oeuvre" lance l'expression << la drôle de guerre >>. Les Allemands, de leur côté, disent << der Sitzkrieg >>, "la guerre assise". Le réveil sera douloureux et secouera le monde...

Pierre Darcourt
LVDC N° 1748 / 10-09

Le pacte germano-soviétique sera signé le 23 août 1939. Le 26 septembre, un décret prononce la dissolution du PCF. Les maires et conseillers communistes sont suspendus de leurs fonctions. Le gouvernement ordonne l'ouverture devant le tribunal de Paris, d'une information pour << intelligence avec l'ennemi >> contre les parlementaires communistes. Entre le 5 et le 10 octobre, trente-trois parlementaires communistes sont incarcérés. Sont en fuite: Jacques Duclos, Gabriel Péri, Charles Tillon, Gaston Monmousseau et Maurice Thorez (désertion). Le journal l'Humanité sera interdit de parution.

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