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Publié par François Gervais

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Henri IV avait accordé Saumur << comme place de sûreté >> aux protestants. La révocation de l'Edit de Nantes allait porter un coup très grave à la prospérité de la ville. Fief des Vendéens en 1793, << pacifiée >> après l'insurrection du général Berton en 1822, elle n'était plus connue en 1940 que par son prestigieux "Cadre Noir", formation magistrale de l'école d'équitation française. La bravoure des élèves de cette école, les fameux "Cadets de Saumur" qui, en plein effondrement de l'armée, vont interdire, sans esprit de recul, le passage de la Loire, les 19, 20, 21 juin 1940, à trois divisions allemandes appuyées par 300 pièces d'artillerie et 150 blindés. Ces "Cadets" allaient ramener Saumur au premier plan et la couvrir de gloire.

 

Le 10 mai 1940, l'Allemagne a envahi la Belgique et la Hollande. Après les dix mois de torpeur de la "drôle de guerre", le tonerre des canons, le fracas des bombes, le grondement des chars secouent brutalement la France. Le fer est engagé. Le front français est rompu. Des combats farouches de cette terrible campagne de quatre semaines, le peuple ne retient plus que la percée foudroyante des "panzers", la suprématie de la "Luftwaffe", les bombes et les sirènes hurlantes des "stukas", les colonnes interminables de prisonniers, et l'exode des populations civiles affolées.

Le 14 juin, la Wermacht entre dans Paris déclarée << ville ouverte >>.

Les troupes françaises de l'Ouest se retirent sur la Loire. Les unités allemandes tentent d'encercler la Ligne Maginot. Le 17 juin, le maréchal Pétain, nouveau président du Conseil, s'adresse par radio au peuple de France. Il prononce cette phrase terrible et désastreuse pour le moral des soldats encore accrochés au terrain: << C'est le coeur serré que je vous dis qu'il faut cesser le combat >>.

De grandes unités, persuadées que la guerre va se terminer, déposent les armes. Le 18 juin depuis Londres, un général inconnu, que très peu de Français vont entendre, appelle toute la nation française à la Résistance.

Un mois plus tôt, depuis les combats sur la Somme et sur l'Aisne, l'Etat-major à prévu des organisations défensives afin d'empêcher la progression des détachements légers vers le sud. Dans ce but, la ligne de la Loire a été divisée en secteur. Celui de Saumur couvre un front de quarante kilomètres dont points cardinaux sont mis en défense: le pont de Montsoreau et le viaduc, à l'Est de Saumur; les ponts de Gennes et des Rosiers, à l'Ouest.

colonel MichonLe colonel Michon, commandant en second de l'Ecole de cavalerie, est désigné chef du secteur. Le poil gris, raide, sec, criblé de blessures, plusieurs fois cité à l'Armée, enterré vivant sous les obus et les cadavres au fond de la tranchée de Calonne, c'est un magnifique combattant de la guerre 14-18. Malgré la demande et un ordre de repli parvenu à l'Ecole, il << revendique l'honneur de défendre le grand fleuve où s'est formée notre histoire >>.

Tous les éléments combattants sont restés sur place. seuls les services sont évacués (employés civils, intendance et chevaux). L'Ecole aligne environ huit cent élèves aspirants de réserve de Cavalerie et du Train, renforcés par une compagnie de mitrailleurs et fantassins du 13e régiment de Tirailleurs algériens, le groupe franc motorisé du capitaine Neuchèze, un bataillon d'infanterie (350 hommes) de l'Ecole d'infanterie de Saint-Maixent et l'escadron de reconnaissance du capitaine Gobbe. Au total, 2 200 hommes.

L'armement n'est pas très moderne. La plupart des élèves ne disposent que d'un vieux mousqueton (modèle 1916) d'une centaine de cartouches et de quelques grenades. Les pièces d'artillerie, depuis trop longtemps en service pour l'instruction, sont usées et leur nombre est réduit. L'encadrement, en revanche, est de qualité.

Deux mois plus tôt, le colonel Michon a obtenu de ramener du front douze officiers, les meilleurs classés des quatre dernières promotions pour devenir instructeurs à l'Ecole. Les jeunes élèves attendent le combat comme une rédemption. Le colonel Michon les exhorte souvent, face à l'épreuve qui s'annonce, avec cette phrase lapidaire: << Messieurs, vous êtes une génération de sacrifiés. Demain, vous serez tous morts ! >>

L'aristocratie française est en nombre à l'Ecole. Le capitaine de Saint-Blanquart, le lieutenant Liffort de Buffévent, les lieutenants de Saint-Pol, de Marolles, de Galbert, les élèves de France de Tersant, Deutz, d'Aragon, de Valence, de Navacelle...

Le maire de Saumur, Robert Amy, prévenu de l'approche allemande, soucieux d'épargner la vie de ses administrés, intervient auprès des autorités militaires pour leur demander de ne pas mettre la ville en état de défense. Un véhicule de police équipé d'un haut-parleur parcourt les rues en avertissant la population qu'elle n'a rien à craindre. Le colonel Michon fait parvenir un message au maire. << Je compte sur votre patriotisme, je sais que vous seconderez mes efforts dans la défense de Saumur. >> Au sous-préfet venu discuter, il répond que l'honneur de l'Ecole est en jeu et que lui et ses troupes résisteront << jusqu'à la mort >>. Fermez le ban ! Le 18 juin, le colonel Michon installe son PC sur la route de crête, à 800 mètres du château.

panzersVers 21 heures, l'alerte est donnée aux différentes unités, des colonnes blindées allemandes ayant été signalées. Le lieutenant de Buffévent chargé de la défense de l'île tient la position depuis six jours avec sa brigade, 22 élèves et quelques soldats africains.

Les premiers engins ennemis se présentent vers 23 heures avec des drapeaux blancs et la tourelle tournée à l'envers comme ils le faisaient depuis que couraient les bruits d'armistice. Le lieutenant de Buffévent qui a placé un canon de 25 à la sortie du pont, fait ouvrir le feu et en quelques minutes détruit 6 blindés et un side-car. Vers 3 heures du matin, il fait sauter le pont.

Les observateurs allemands localisent le PC et une pluie de projectiles s'abat sur la position. Après les mortiers, les tirs de 77 et de 105 percutent des fûts d'essence et déclenchent un violent incendie attisé par le vent. Le feu approche à vingt mètres de l'usine à gaz.

 

Pierre Darcourt

LVDC / 05-10

 

Fin de la première partie. A suivre Saumur sous un déluge de bombes.

 

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