Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par François Gervais

resist22

Le 27 janvier 1943, Henri Frenay (Combat), Emmanuel d'Astier de la Vigerie (Libération Sud) et Jean-Pierre Lévy (Franc-Tireur), signent l'acte officiel de naissance des "Mouvements Unis de Résistance" (M.U.R.). Puis vient la création du "Conseil National de la Résistance" (C.N.R.), qui se réunit pour la première fois le 27 mai 1943, 48 rue du Four à Paris.

 

unificationLe débarquement anglo-américain au Maroc et en Algérie, le 8 novembre 1942 accélère l'unité de la Résistance.  Tenu à l'écart de l'opération alliée, le général de Gaulle a besoin du soutien de la Résistance intérieure. Le gouvernement américain est critiqué pour avoir traité avec l'amiral Darlan, l'homme de la collaboration.

Jean Moulin, délégué du général de Gaulle, se demande le 14 décembre si la guerre de libération << n'aurait pas pour effets successifs de consolider les régimes mêmes contre lesquels la lutte est engagée >>.

Rappelons ici sommairement l'évolution de la Résistance. Née du refus de la défaite et de l'occupation ou de la lutte contre le nazisme et le fascisme, parfois de l'Appel du général de Gaulle, elle est le fait au début de quelques individus. Puis la Résistance quitte la sphère de la réaction purement individuelle.

Les Résistants se regroupent et les noyaux initiaux deviennent des mouvements dont l'action se focalise sur l'information par la réalisation d'un journal clandestin pour contrecarrer la propagande du gouvernement de Vichy et celle de l'occupant.

En zone nord, la présence de l'occupant rend plus périlleuse l'activité des mouvements nés très tôt: "Ceux de la Résistance", "Ceux de la Libération", "Front National pour l'Indépendance de la France", "Libération Nord", "Défense de la France", "La Voix du Nord". Ils n'ont pas ou peu de liens entre eux.

En zone sud, les mouvements "Liberté", "Mouvement de Libération Nationale", "Libération Sud", ont donné mandat en 1941  -pour obtenir des moyens de Londres-  à Jean Moulin, ancien préfet révoqué par Vichy le 2 novembre 1940, et connu pour son acte de courage face à l'occupant le 17 juin 1940.

Le 25 octobre 1941, il se présente au général de Gaulle en trait d'union virtuel entre les deux Résistances. Venu en messager, il repart comme son représentant personnel pour imposer son autorité à tous ceux qui se battent. Parachuté le 2 janvier 1942 avec des fonds et du matériel de transmission pour les mouvements, Jean Moulin, devenu "Rex", a pour mission de rallier les mouvements, de les unir et de créer l'Armée Secrète unifiée en séparant les forces militaires des organisations politiques.

moulinJusque-là, la Résistance intérieure et la France Libre ont suivi des chemins parallèles avec des stratégies et des projets politiques spécifiques. Si les mouvements se rallient au cours de l'été 1942 à de Gaulle qui s'est engagé sur le principe de la restauration de l'idéal républicain, ils veulent conserver leur liberté d'action.

Fin 1941, une première fusion est réalisée avec la création de "Combat" né de l'absorption de "Liberté" par le "Mouvement de Libération Nationale", tandis que "Franc-Tireur" s'est développé. Jean Moulin impose la mise sur pied de l'Armée Secrète que le général Delestraint accepte de diriger.

La coordination militaire est difficile car les résistants jugent la séparation de l'action politique de l'action militaire peu réaliste car ce sont les mêmes militants.

Jean Moulin a auparavant mis en place les services communs aux différents mouvements, tel le Bureau d'information et de propagande et le Comité national des experts (futur Comité général d'études), chargé d'engager la réflexion sur les réformes à engager à la Libération.

La coordination des mouvements de zone sud aboutit. Un Comité, présidé par Jean Moulin, se met en place le 27 novembre 1942. Outre "Rex", sont présents: le général Delestraint, chef de l'Armée Secrète, Henri Frenay, Emmanuel d'Astier de la Vigerie, et Jean-Pierre Lévy, respectivements chefs de "Combat", "Libération Sud", et "Franc-Tireur". Ce Comité transmet les instructions générales du Comité National Français de Londres aux mouvements.

trio Début 1943, tout s'accélère en raison de la situation politique en Afrique du Nord, le général Giraud ayant été désigné à la succession de Darlan après son élimination le 24 décembre 1942.

Alors que commencent les difficiles pourparlers entre les généraux Giraud et de Gaulle, Jean Moulin estime essentiel de réaliser l'union de la Résistance, afin d'apporter au chef de la France Libre un concours déterminent.

Le 27 janvier 1943, Henri Frenay, Emmanuel d'Astier de la Vigerie et Jean-Pierre Lévy, signent l'acte officiel de naissance des "Mouvements Unis de Résistance", qui établit une direction unique. Tous les rouages des mouvements doivent désigner à tous les échelons un responsable. C'est un évènement dans l'histoire de la Résistance intérieure française puisque les mouvements acceptent de réunir leurs forces à un moment décisif de la lutte.

L'occupation de la zone sud par les Allemands le 11 Novembre 1942 et par les Italiens, puis plus tard la création de la Milice, obligent les résistants à prendre plus de précautions. L'unité est voulue par les résistants de base et les chefs de mouvements. Le Comité directeur des M.U.R. est présidé par Jean Moulin, assisté de trois commissaires: Frenay aux "Affaires militaires", d'Astier de la Vigerie aux "Affaires politiques" et Lévy aux "Renseignements et à l'Administration".

 

Christine Levisse-Touzé

Directrice du Mémorial Leclerc et de la Libération de Paris et du Musée Jean Moulin (Ville de Paris), directeur de recherche associé à Montpellier III.

 

Isabelle Rivé

Directrice du Centre de la Résistance et de la Déportation de la ville de Lyon.

 

Les Chemins de la Mémoire N° 127 / 04 03

 

Fin de la première partie. A suivre: "Les mouvements unissent leurs forces"

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article