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Publié par François Gervais

Sherman-french-army-normandy 

Alors sous-chef d'état-major de la 2e DB, le lieutenant-colonel Jacques de Guillebon a vécu dans les pas de Leclerc tout au long des combats du Maine et du Perche, avant de prendre la tête du détachement qui allait foncer << top speed >> sur Paris. Il nous raconte ses souvenirs extraits de son ouvrage "L'Histoire de la Seconde Guerre Mondiale: la singulière 2e. DB".

 

2db

Les forces en présence. 

Le 9 août dans l'après-midi, le général Haislip, commandant le 15e corps U.S., nous donne notre première vraie mission de combat. A partir du Mans, le corps d'armée va attaquer plein Nord, vers l'Orne et Argentan, tandis que les Britanniques poussent plein Sud, à partir de Falaise. Le but est de prendre au piège et d'anéantir la VIIe Armée allemande, qui contient depuis le 6 juin les forces du débarquement allié.

La 5e DB U.S. et la 79e DI U.S. attaquent à notre droite vers Mamers et Sées: à notre gauche, il n'y a pas d'amis avant Mayenne, à 60 kilomètres, sauf un de ces groupes de cavalerie batteurs d'estrade et caracoleurs que nous rencontrerons parfois tout au long de la campagne de France: ils ont une large autonomie, des transmissions puissantes, des moyens de combat légers et une tactique de hardiesse et d'esquive. Ils surprennent l'ennemi souvent, ils l'inquiètent toujours, ils ne l'attaquent jamais.

Devant nous, à gauche, les reliquats de la 708e Panzerdivision et de la 130e Panzerlehr, et devant nous à droite, partagée avec nos voisins de la 5e DB U.S., la 9e Panzerdivision "fraîche", arrivant de Nîmes. La 2e DB progresse sur quatre chemins du bocage normand, bordés de fortes haies, tournant tout le temps, beaucoup plus favorables à la défense qu'à l'attaque.

La tactique habituelle, à base de prudence et de sûreté, faisait le jeu de l'ennemi en freinant la progression à l'extrême. Le char de tête se bat à peu près seul, talonné par une masse impuissante et impatiente.

Il faut prendre des risques pour aller vite, créer une occasion de bousculer l'ennemi. La première journée du 10 août marque une progression modérée, coûteuse; l'ennemi tient très bien le coup et contre-attaque à la faveur de la nuit.

tankLe 11 août, pour aller plus vite et pour écraser plus fort, les artilleurs passent à l'avant-garde. L'ennemi commence à être bousculé. Les canons antichars tractés ou automoteurs qui nous attendent aux tournants sont cassés plus rapidement que la veille, à plusieurs reprises, l'ennemi est pris de vitesse et perd des chars pendant sa retraite; les points d'appui qui protègent Alençon et les passages de la Sarthe sont conquis à la tombée de la nuit. Nos éléments avancés sont à 7 kilomètres de la rivière.

 

Le matin d'Alençon.

C'est la quatrième nuit sans sommeil. Leclerc donna l'ordre d'envoyer une solide reconnaissance armée sur Alençon et de se reposer sur place. Lui-même s'enroule dans ses couvertures et s'endort par terre, à côté de sa voiture de commandement, comme il a souvent l'habitude de le faire depuis quatre ans de guerre.

A 1 heure du matin, quelques obus tombent dans le champ, incendiant un half-track chargé en munitions, non loin du général, qui se réveille et s'inquiète de la reconnaissance sur Alençon. Le capitaine envoyé aux renseignements rapporte qu'il ne s'est pas passé grand-chose et le général, irrité, monte en voiture, se porte aux avant-postes, réveille tout le monde et part sur la ville.

Le groupe progresse sans histoire, s'arrête un peu aux lisières de la ville silencieuse, s'avance prudemment et atteint les ponts intacts sur la Sarthe sans aucune réaction ennemie. Ravi, Leclerc donne les ordres pour une occupation immédiate et en force d'Alençon et repart se coucher.

Mais, à la sortie de la ville, son chauffeur se trompe et, au lieu de le ramener sur les avant-postes amis, le conduit sur la route de Mamers, occupé par l'ennemi. D'ailleurs, au bout de très peu de temps, la voiture de Leclerc s'arrête, au moment où un véhicule arrive en sens inverse; le sous-chef d'état-major abat le chauffeur ennemi au pistolet et capture un prisonnier, qui est ramené au centre de la ville, où le général finira la nuit.

 

Général Jacques de Guillebon

Connaissance de l'Histoire "La 2e DB au combat". N° 30 / 12-1980

 

Fin de la première partie. A suivre: L'enfer du bocage.

 

 

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