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Publié par François Gervais

 Sans titre 1

En cherchant dans mes archives un document relatif à la Libération, je suis tombé sur un article de la "Nouvelle République" (N.R.), que celle-ci avait publiée sous la forme d'un numéro commémoratif pour le soixantenaire 1944-2004. Etant originaire de Niort, il m'a semblé interessant de vous faire partager ce qu'avait été la Libération dans la préfecture des Deux-Sèvres, ville où j'ai passé toute ma jeunesse.

François GERVAIS

 

Il n'y a pas eu de combats pour la libération de la préfecture des Deux-Sèvres. Mais la population a dû patienter plus d'une semaine avant de pouvoir célébrer l'entrée en ville des F.F.I. du colonel "Chaumette" ainsi que les prises de fonction d'Emile Bêche (maire) et de René Hudeley (préfet).

 

Edmond ProustLe 13 août, le colonel Edmond Proust ("Chaumette") qui a réussi avec moults difficultés à unifier les forces de la Résistance sous son autorité donne, depuis son PC clandestin du Breuil à Sainte-Eanne, le signal du soulèvement général dans les Deux-Sèvres.

Avec l'appui de l'armement fourni par le major britannique Edward Whitty (mission Jedburg) par des parachutages massifs, les F.F.I. (Armée Secrète et Franc-Tireurs Partisans), vont se lancer dans la bataille des sabotages et des accrochages permanents, (surtout dans le sud du département) avec les troupes allemandes qui refluent vers les "poches" de Saint-Nazaire ou de La Rochelle en majorité, ou soit vers l'Est (à l'instar des colonnes sinistres du 950e régiment d'infanterie Hindou).

A Niort, le général Täglischbeck, commandant le 64e Armeekorps, reçoit le 26 août l'ordre de repli vers la Loire, pour essayer de rejoindre l'Allemagne via la Bourgogne. Le dimanche 27 août, les Allemands vont détruire des dépôts d'armes, du matériel, des archives (celles de la Feldkommandantur 651) et dans la nuit, tous les services de l'occupant nazi disparaissent (sauf quelques détachements destinés à saboter par exemple, le central téléphonique).

A partir du 29 août, alors que manifestement la préfecture des Deux-Sèvres est de fait libre, le colonel "Chaumette" et les nouvelles autorités vont, pour ne prendre aucun risque, faire patienter une population qui, dès ce mardi, se répand dans les rues, saccageant les locaux des collaborateur (Milice, L.V.F, R.N.P. P.P.F.). Une intervention des chefs locaux F.F.I. sera même nécessaire pour la calmer.

En effet, les colonnes de repli allemandes ne sont pas loin et les avant-gardes de la "poche" rochelaise non plus. Une affiche du Comité départemental de Libération (C.D.L.) signée de son président Joseph Pineau n'empêche pas la tension de monter, y compris au sein des différents groupes de maquisards. Le dimanche 3 septembre, le C.D.L. décide de temporiser encore un petit peu et lorsqu'enfin, de partout les renseignements assurent qu'il n'y a plus d'Allemands en Deux-Sèvres, la date des cérémonies de Libération peut être fixée au mercredi 6 septembre.

 

Sans titre 3La croix gammée brûlée.

Plusieurs milliers de Niortais vont assister à cette gigantesque fête collective dont les héros vont défiler, depuis la caserne Dugesclin jusqu'au centre-ville dans un cortège de véhicules de tous types.

En tête, le colonel Edmond Proust, dont c'est la première apparition publique depuis plus de six mois, alors que le nouveau préfet, René Hudeley, investi par le C.D.L., prend ses fonctions.

Professeur de sciences-physique à Niort puis à Paris, socialiste militant, membre de "Libération-Nord", René Hudeley regagne les Deux-Sèvres en tandem en mai 1944, afin de préparer, depuis son PC de l'école Paul Bert, le retour de la République.

Puis, sur le perron de l'hôtel de ville, c'est Emile Bêche, ancien député SFIO, membre également de "Libération-Nord", qui est installé comme le maire de la Libération avec son conseil municipal.

Place de la Brêche, les oriflammes nazies à croix gammées sont brûlées au milieu de la liesse et six prisonniers allemands, capturés dans la journée à Mauzé-sur-le-Mignon par des hommes du "Triangle XVII", vont assister (entasser sur le plateau d'une camionette) sous les quolibets de la foule, au défilé triomphal.

Leurs vainqueurs, eux vont vouloir rapidement continuer le combat en intégrant (pour un bon tiers d'entre eux), le 114e régiment d'infanterie qui dès la fin septembre, est envoyé sur la "poche" de La Rochelle.

C'est le début de l'aventure du "régiment Chaumette"...

 

Sans titre 02Emile Bêche, "Bourguignon" des Deux-Sèvres".

En novembre 1942, alors que le réseau du colonel Rémy s'est reconstitué sous le nom "C.N.D. Castille", Emile Bêche, ancien instituteur de Limalonges est surtout ancien député SFIO de Niort du Front Populaire, est mis en contact avec d'autres ex députés socialistes dont Jean Meunier (fondateur de La Nouvelle République").

Devenu membre de ce réseau dont l'activité allait se fondre avec le mouvement "Libération-Nord", il se voit confier la mission de le réorganiser dans tout le Centre-Ouest sous le peudo de "Bourguignon".

Menacé en permanence par la Gestapo, il lui échappe de justesse le 13 décembre 1943 mais sa femme et sa fille sont arrêtées puis relâchées. Son fils Jean, entre dans les Forces Françaises Libres (F.F.L.).

Le mercredi 6 septembre 1944, c'est tout naturellement qu'il est désigné par le C.D.L. pour être le maire de Niort. C'est tout aussi naturellement qu'il participe aux côtés de son ami Jean Meunier, à l'aventure que représente la naissance de La Nouvelle République du Centre-Ouest dont le premier exemplaire sort dans les Deux-Sèvres le 8 septembre.

Emile Bêche sera maire de Niort jusqu'en 1971.

 

Hervé Cannet avec le concours de Guy Bonnet

La Nouvelle République (hors série 1944-2004)

"1944, la région libérée"

 

 

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Ducroc Yannick 14/09/2014 18:35

Bonjour, je suis le petit fils d'un homme qui a habité Mauzé-sur-le-mignon au moment de la seconde guerre mondiale. Nous venons de retrouver un brassard blanc avec une croix de Lorraine noire sur fond bleu-blanc-rouge. Il était marchand de cycles. Forcément nous cherchons à en savoir plus sur cet objet et aussi sur mon grand-père. A-t-il appartenu au mouvement du "Triangle XVII" ? Si vous avez des informations. Nous sommes preneurs.

julien 26/02/2017 11:48

Bonjour,

à ma connaissance, le Triangle XVII de l'Armée Secrète était établi à Pamproux. En revanche, c'est bien cette "unité" qui a livré le dernier combat dans le département, début septembre 1944, près de Mauzé, en interceptant un petit groupe d'allemands. Mon arrière-grand-père et son fils auraient participé à cette action. J'ai d'ailleurs en ma possession des cartes routières allemandes qui auraient été récupérées à cette occasion . Mon arrière grand-père m'avait également montré deux photos de lui et de son fis posant dans un side-car allemand, revêtus des grands impers de motocyclistes de l'époque et armés de pistolets, mais je ne sait pas ce que ces photos sont devenues.
Si vous le souhaitez, vous pouvez me communiquer l'identité de votre grand père (Nom, Prénom date et lieu de naissance) pour que je vois s'il est répertorié comme ayant appartenu à un réseau ou une organisation (tous ne sont toutefois pas inscrits, notamment ceux ayant rejoint le maquis pour éviter le STO, mais si ça peut donner un début de piste pour aller plus loin dans les recherches ...)

Cordialement

Y Julien