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Publié par François Gervais

12 leclerc 

Seconde partie.

 

L'ASSAUT SUR KOUFRA.

ittinéraireLe 23 janvier, sus à Koufra! Leclerc est en tête dans sa voiture de commandement, une petite camionnette rafistolée dont il a fait découper le toit pour observer l'environnement.

La colonne rassemblée à Faya Largeau comporte deux sections du groupe nomade de l'Ennedi, un train de combat de vingt camions et une trentaine de voitures légères aptes aux missions de renseignements. Faute de camions half track, la colonne n'emporte qu'un canon de 75. Un raid insensé à destination d'un anneau de verdure, l'oasis de Koufra tenue par les Italiens.

Avant l'assaut décisif, une première expédition avait tâté le terrain. Cette fois, Leclerc veut enlever la palmeraie, le fort et l'aérodrome ennemis. Le fort, construit sur un cap rocheux, flanqués de bastions, garnis de canons et de mitrailleuses, est imposant.

Avant Koufra, des accrochages sévères opposent un peloton de voitures à la compagnie saharienne italienne n°19. Des véhicules français flambent. Leclerc, debout dans sa camionnette, donne ses ordres, avant de mettre pied-à-terre et faire lui-même le coup de feu.

Le 21 février, la colonne est en vue de Koufra. Le siège commence. Les Italiens tiennent bon. Le feu de leurs armes automatiques commande le terrain à deux kilomètres à la ronde. Le tir tournant de l'unique 75, dirigé par le lieutenant Ceccaldi, harcèle la garnison italienne. Les tirs de mortiers très précis font des dégâts.

Le 26, à 20 heures, un petit commando aux ordres directs de Leclerc fait sauter 250 caisses de bombes d'avions d'un dépôt italien enterré secrètement dans la palmeraie. Traumatisés par cette violente détonation, les défenseurs du fort ne tirent plus. Dans la nuit du 28 février, le 75 de Ceccaldi tape régulièrement sur le fort en changeant à chaque fois de position. Les Italiens se croient cernés par plusieurs pièces d'artillerie.

Le 1er mars, à l'aube, le drapeau blanc flotte sur le fort. Le colonel Leclerc dicte ses conditions. Les Italiens entassent leurs armes dans la cour de la citadelle, et livrent leurs véhicules.

serment2Les hommes de Leclerc, déchirés, sales, hirsutes, les joues creusées par la fatigue, présentent les armes au drapeau tricolore qui monte au mat du fort de Koufra.

Le butin est considérable pour les assaillants: 4 canons de 20 mm et une cinquantaine de mitrailleuses. Leclerc, s'adressant à ses soldats, leur annonce d'une voix brève: << Ne croyez pas que ça va s'arrêter là. Nous ne déposerons les armes que lorsque nos belles couleurs flotteront sur Metz et la cathédrale de Strasbourg >>. C'est l'origine du fameux "serment de Koufra".

Leclerc tiendra parole. Il libérera Paris, Metz, Strasbourg, Colmar, avant de s'enfoncer au coeur de l'Allemagne. Mais sur le long chemin de sa magnifique épopée, il y eut d'abord cette course saharienne de 2 500 kilomètres à travers les éboulis de rochers noirs du Tibesti et les déserts les plus redoutables du monde. En enlevant au passage des bastions fortifiés par l'ennemi disposant d'engins motorisés et cuirassés.

Un fait d'armes qui dépasse les imaginations les plus audacieuses. Les Français Libres l'ont réalisé en trente-neuf jours. Partis du Tchad, au bout du Fezzan. Les éclaireurs de l'avant-garde de "l'armée Leclerc" aperçoivent la ville blanche de Tripoli et la Méditerranée qui scintille. Les tirailleurs qui n'ont jamais vu la mer, éblouis, médusés devant cette immensité, se prosternent. Les Français ont la gorge serrée par l'émotion.

C'est que, par-delà l'horizon, ce sont les côtes de France qui baignent ces flots. La France que, depuis plus de trois ans d'attente et de combats en Afrique, ils veulent retrouver et délivrer de ses chaînes. Au prix de leur sang ou de leur vie.

 

Pierre Darcourt

LVDC n° 1757 / 08-09 2010

 

Voici le témoignage de l'adjudant-chef NEVOT, vétéran du RMT (Régiment de Marche du Tchad), un des derniers survivants témoins du "Serment de Koufra".

 

 

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