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Publié par François Gervais

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Partis de Faya Largeau, une bandera de méharistes, de tirailleurs camerounais, de Sara et d'Hadjaraï tchadiens, guidés par des éclaireurs toubous à travers le massif du Tibesti et d'immenses contrées désertiques, après la conquête du Fezzan, ira jusqu'à Tripoli, où elle opère sa jonction avec la 8e Armée de Montgomery. Une colonne de fer, invincible, noyau légendaire de la 2e DB.

 

tchadLe 26 août 1940, le gouverneur Félix Eboué annonce à la mairie de Fort Lamy, le ralliement officiel du Tchad au général De Gaulle, donnant ainsi une légitimité politique à la France Libre, jusqu'alors dépourvue du moindre territoire. Eboué à besoin d'un politique en appui et d'un militaire pour remettre << dans le droit chemin >> le colonel Marchand, qui refuse de se dresser << contre les ordres reçus >>. René Pleven prendra en charge la partie civile du territoire. Pour la partie militaire, un nom s'impose, une légende chez les méharistes, le lieutenant-colonel Jean Colonna d'Ornano. Mais l'armistice l'a bloqué à Brazzaville, à la tête de deux compagnies. En son absence, il faut un officier d'expérience, breveté, capable de se faire obéir. Ce sera Leclerc. Il s'est battu au Maroc, pendant la campagne de France, blessé, prisonnier et évadé. Il a de la poigne, des convictions et une volonté de fer.

 

FACE A D'ORNANO.

Quand Leclerc, nommé commandant des troupes du Tchad, atterrit le 25 novembre 1940 à Fort Lamy, il a déjà réussi à libérer le Cameroun et le Gabon. La première prise de contact est sympathique, mais le pays est << pauvre en hommes et en matériels de toutes sortes >>. Dans ces contrées épargnées par la déroute de juin 1940, où l'indolence de la vie coloniale se poursuit, on se croirait à peine en guerre.

Les cadres sont réticents. Qui est ce colonel inconnu étrangement jeune, "pète-sec et cavalier"...?, s'interrogent les méharistes. Le lieutenant-colonel d'Ornano, pilier du ralliement du territoire, accorde un appui sans réserve au nouveau chef.

colonnaD'Ornano, c'est un seigneur. 1m 90 de taille, un nez en coupe-vent, une bouche en coup de sabre, un monocle noir vissé à l'orbite droite. Quand en 1937, le ministre de la Guerre lui offre le commandement du Tibesti, il ne l'accepte qu'à condition de choisir, homme par homme, son équipe de méharistes. A ses côtés, un certain capitaine Massu, un saint-cyrien rugueux avec lequel il conduit des raids d'entraînement dans le désert sur des distances invraisemblables.

Face à d'Ornano et sa stature de géant, Leclerc, 1m 72, svelte, l'oeil bleu, une petite moustache rousse, les cheveux en brosse, a l'air presque fragile. Mais c'est un homme du meilleur acier et qui ne rompt pas. Une profonde amitié se noue entre eux.

Dans la première offensive qui part vers le Nord, c'est d'Ornano qui tombe le premier. Avec trois officiers, deux sous-officiers et cinq goumiers indigènes, il a rendez-vous avec une petite colonne motorisée britannique venue du Caire, et qui a couvert 1 500 kms pour arriver au point convenu.

Le 11 janvier 1941, le groupement arrive en vue de Mourzouk. Le fort surgit du sable. Impressionnant, carré de 100 mètres de côté. Quatre tours, armées de mitrailleuses lourdes. D'Ornano, soutenu par les armes britanniques, se précipite sur le terrain d'aviation, met le feu aux appareils, fait prisonniers une trentaine d'Italiens de l'aérodrome.

Les mitrailleuses du fort balaient les abords. Il faut décrocher. Massu est blessé. Deux balles dans le pied qu'il extirpera lui-même avec son couteau de poche, trois jours après. Le regroupement s'opère. Massu s'aperçoit alors que Colonna d'Ornano est mort. Une rafale de mitrailleuse l'a atteint en pleine tête, alors qu'il était allongé près de sa camionnette pour se protéger.

 

ébouéLE COMBAT CONTRE LA NATURE.

Leclerc se tait, serre les poings et rassemble ses forces... pour aller loin. Il veut s'emparer de Koufra. La distance à couvrir pour donner l'assaut est de près de 1 500 kms. Sur des cailloux coupants où les pneus se fendent. Puis le sable blanc, vaporeux, sur lequel jamais une voiture n'est passée, dans lequel les véhicules s'enfoncent en quatre tours de roues. Dans les camions, 75° centigrades. Ecrasés de chaleur, pieds nus, les méharistes, amaigris, la face mangée de barbe, découvrent les royaumes du silence. Des déserts de pierre, d'immenses étendues de sable brûlant. Pas un oiseau, pas un insecte. Le vide provoque des tourbillons d'air glacé. Les hommes claquent des dents. Les rations d'eau: un demi-litre par homme et par jour. Il en faudrait vingt fois plus pour compenser l'évaporation du soleil de la journée.

Le combat contre la nature, épuisant, arride, tend les nerfs comme des cordes d'un violon. Mais la colonne tient. Leclerc est partout, accélère la marche, agite sa canne. Près de lui, un fidèle, le commandant Dio, une force de la nature capable de rester trois jours et trois nuits sans dormir.

 

Pierre Darcourt

LVDC n° 1757 / 08-09 2010

 

Fin de la première partie. A suivre: l'assaut sur Koufra.

 

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