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Publié par François Gervais

femmessousnazis2

 

Il y a bien eu une autre Allemagne que celle du nazisme. Les Résistances ont regroupé << tous ceux  -hommes et femmes-  qui, avec désespoir se sont opposés à la tyrannie >> suivant la définition de Willy Brandt, de son vrai nom Herbert Fram, lui-même résistant. Ces oppositions et ces résistances ont été précoces. Elles se sont développées dès 1933 dans des conditions dramatiques compte tenu de la violence de l'Etat. La Résistance allemande a dû affronter douze années de régime totalitaire. C'est long et il y a là de nombreux motifs de découragement, sans compter la sévérité de la répression. Enfin, à la différence des autres mouvements de résistance européens, la Résistance allemande n'a pu compter sur aucun appui extérieur. Si, contrairement aux Françaises, elles sont citoyennes à part entière depuis 1919 par l'obtention du droit de vote, le régime nazi les cantonne dans les trois "K": Kinder, Küche, Kirche (enfant, cuisine, église). Les femmes allemandes << de bon sang >> sont sommées de devenir mères.

 

liselotteDes femmes résistent dès 1933.

Toutes les Allemandes ne sont pas nazies. Nombreuses sont celles qui s'opposent au régime hitlérien et qui aident les exclus du régime et les persécutés. L'entraide, ce qu'on appelle la Résistance humanitaire, est un domaine où les femmes ont été particulièrement actives.

Les femmes de l'Association "Saint-Raphaël" de l'église catholique, autant que celles de la "Bekennende Kirche", l'église confessante fondée par des pasteurs pour s'opposer à la persécution des juifs et préserver leur indépendance spirituelle et intellectuelle, ont aidé les juifs chrétiens en les cachant.

Le fait le plus connu sans doute, est cette manifestation retentissante d'épouses aryennes de Juifs à Berlin fin février 1943, parfois accompagnées de leurs enfants, qui eut pour résultat la libération de leurs mari et père. 

La résistance politique des femmes n'est pas forcément différente de celle des hommes si ce n'est qu'elles ont peut-être une capacité plus grande que les hommes à échapper aux poursuites de la Gestapo. La police, du moins au début, s'en méfie moins. Dans tous les domaines, l'action des femmes contre le nazisme a été réelle et précoce.

L'exemple de Liselotte Herrmann est significatif. Jeune étudiante communiste et jeune mère, elle proteste ouvertement contre la prise du pouvoir par Hitler, ce qui lui vaut son renvoi de l'université de Berlin. Elle s'installe alors dans le Wurtemberg et participe à différentes actions de résistance. Avec des amis, elle parvient à faire passer à l'étranger des informations sur le réarmement national-socialiste.

Elle est arrêtée en décembre 1935 et condamnée à mort avec deux de ses amis en été 1937. Elle est exécutée le 20 juin 1938 à la prison de Berlin-Plötzensee, malgré des protestations du monde extérieur. Elle est la première mère exécutée. Elle laisse derrière elle un petit garçon qui sera élevé par les parents de Liselotte.

Le régime ouvre alors des lieux spéciaux pour l'internement des femmes. Un premier camp de concentration est mis sur pied en 1933 à Moringen puis transféré à Lichtenburg en 1938. Le camp de Ravensbrück est ouvert en 1939, puis en 1941, d'autres camps se dotent de leur section de femmes: Auschwitz-Birkenau et Gross Rosen. Le célèbre "Chant des Marais" composé par des internés politiques du camp de concentration de Börgemoor, a été transmis en septembre 1939 grâce à vingt femmes de la ville de Düsseldorf, filles et épouses de déportés, qui avaient organisées un voyage au camp pour y voir leurs pères et maris.

 

libertas schulze-boysenRésistance en Allemagne pendant la guerre.

Pendant la guerre, une résistance plus typiquement féminine se développe du fait de la mobilisation des hommes. Chaque groupe, cercle et mouvement a compté de nombreuses femmes qui y ont fait un travail identique aux hommes: information, propagande, renseignement, entraide.

Tel est le cas du "Cercle de Kreisau" avec Freya von Moltke, de l'"Orchestre Rouge" au sein duquel les femmes des deux initiateurs, Mildred Harnack-Fish et Libertas Schulze-Boysen, mères de familles, ont payé de leur vie leur engagement.

Maria Terwiel, dont la mère est d'origine juive, a dû abandonner ses études. Secrétaire dans une entreprise textile, elle entre en contact avec le groupe du capitaine Schulze-Boysen et fait connaître le sermon de l'évêque de Munster, Clemens von Galen, qui condamne l'extermination des malades mentaux. Elle aide aussi les juifs en danger par l'obtention de passeports. Arrêtée, elle est exécutée le 5 août 1943.

Au sein du mouvement de "La Rose Blanche" (Weisse Rose), Sophie Scholl, 20 ans, jeune étudiante en philosophie, est tout autant impliquée dans l'action que l'ensemble du groupe qui rassemble son frère Hans, Alexandre Schorell, Christopher Probst et leur professeur Kurt Hüber. Elle sera exécutée en compagnie de son frère, le 22 février 1943.

Il ne faut pas oublier non plus, le rôle des épouses des conjurés de l'attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler, et qui ont payé un lourd tribu à la répression. Environ 600 personnes, auteurs de la conjuration, familles, amis, ont été arrêtées et dont les enfants ont été soustraits de force à leurs parents.

 

Sans titre 2Lutter malgré l'exil.

Des femmes ont choisi l'exil pour poursuivre la lutte. De 1933 à 1939, 500 000 Allemands ont fui à l'étranger. Parmi eux, Dora Schaul, émigrée en France depuis 1934, est internée à Rieucros (Lozère) en octobre 1939 parce qu'elle est étrangère et communiste.

Elle tombe sous le coup de la législation d'exception mise en place par le gouvernement d'Edouard Daladier. Elle s'est mariée dans le camp avec Alfred Benjamin qui est incorporé dans un groupe de travailleurs étrangers.

Elle réussit à s'évader en juillet 1942, et grâce au réseau clandestin allemand du "Deutsch-Arbeit" (Travail allemand), elle opère pour la Résistance au sein de la "Deutsche-Feldpost"  (Poste allemande) installée dans une aile de l'Ecole de Santé militaire à Lyon. A la fin de la guerre, elle repart s'installer définitivement en Allemagne son pays d'origine.

Hilde Meisel (alias Hilda Monte), d'Angleterre, tente d'organiser une résistance internationale contre le régime nazi dès l'arrivée de Hitler au pouvoir en janvier 1933. Juive, elle connaît les risques qu'elle encourt. Par ses écrits, elle sensibilise grâce à la "Ligue Internationale du combat socialiste", des amis politiques de différents pays, y compris en Allemagne. Elle publie un livre: "The Unity of Europe".

anna2Sous le pseudonyme de Hilda Monte (son vrai nom est Hilda Meisel), elle fait parvenir à ses amis politiques en Allemagne des publications et informations. Elle réussit à pénétrer en Allemagne et en Autriche. Elle est abattue le 17 avril 1945 par une patrouille SS sur le chemin la reconduisant en Suisse.

Anna Freud, fille de Sigmund Freud et elle-même psychanaliste, est réfugiée à Londres. Pour manifester sa reconnaissance, elle ouvre en octobre 1940, peu après les premiers bombardements, les "Hampstead nurseries", foyers d'asile où sont accueillis les enfants sinistrés de la guerre.

Selon les rapports de la Gestapo, la participation globale des femmes à la Résistance aurait été de 15%. Si elles ont été une minorité, leur résistance est synonyme d'actes d'héroïsme contre le régime de la terreur, allant souvent jusqu'au sacrifice suprême.

Les formes de résistance ont été multiples: désobéissance civile, résistance humanitaire, résistance religieuse ou politique. Les résistantes allemandes et les résistants allemands ont contribué à reconstruire une autre Allemagne.

 

Christine Levisse-Touzé

Directeur du Mémorial Leclerc et de la Libération de Paris et du Musée Jean Moulin de la ville de Paris.

Directeur de recherche associé à l'Université Montpellier III

 

Une évocation de l'engagement de Sophie Scholl et de "La Rose Blanche".

 

 

Pour en savoir plus

"La Conscience allemande, portraits de résistants allemands,1933-1945" de Hase & Koehler (1996). La version allemande date de 1984.

Revue des questions allemandes. Documents "Non à Hitler, oppositions et résistances contre le régime nazi", N° 2 (1994), sous la direction de Joseph Rovan.

"Des Allemands contre le nazisme, oppositions et résistances, 1933-1945", sous la direction de Christine Levisse-Touzé et Stéfan Martens. Actes d'un colloque organisé à l'Institut Goethe en mars 1996. Albin Michel (1997).

Historia (juin 1998) N° 618. "La Résistance allemande à Hitler", dossier présenté par Christine Levisse-Touzé et Stefan Martens.

"Les roses du mal, résistants allemands au nazisme" par Anne Sizaire. Editions Desclée de Brouwer (2000).

"Une Allemagne contre Hitler" de Günther Weisenborn. Préface de Alfred Grosser. Traduit et adapté par Raymond Prunier. Editions du Félin (1999).

"Camps de femmes, chronique d'internées, Rieucros et Brens, 1939-1944", par Mechtild Gilzmer. Editions Autrement (2000).

"Ces Allemands qui ont affronté Hitler" de Gilbert Badia. Les Editions de l'Atelier (2000).

"Combats de femmes, Françaises et Allemandes, les oubliées de la guerre", sous la direction de Evelyne Morin Rotureau. Editions Autrement (2001).

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