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Cinq élèves du Lycée Buffon, qui participèrent à la manifestation du 11 Novembre 1940, multiplient les actes de rébellion contre l'occupant. Arrêtés tour à tour, ils sont fusillés par les Allemands le 8 février 1943.

Le plus jeune, 15 ans à peine, en octobre 1940, s'appelle Pierre Benoit. Le plus âgé, Jacques Baudry, qui prépare Polytechnique, a 18 ans. Enfin, il y a Pierre Grelot, 17 ans, élève de première, Lucien Legros, 16 ans, qui se passionne pour la peinture et la poésie, Jean-Marie Arthus, 15 ans lui aussi. Ces jeunes lycéens vont faire preuve d'une conscience politique hors du commun pour leur âge et s'engager dans un combat qui va les mener au sacrifice ultime.

Leur engagement est favorisé par un certain nombre de professeurs du lycée Buffon, qui, en cette rentrée du 1er octobre 1940, refusent la mainmise de l'idéologie du gouvernement du maréchal Pétain sur l'institution scolaire. Parmi eux, Raymond Burgard édite un journal clandestin intitulé "Valmy", en référence à la célèbre bataille. Il fustige les "Boches" et proclame: << Nous avons un seul ennemi: l'envahisseur >>. Dans un des numéros, il appelle à << secouer les chaînes, à ne pas être un peuple de chiens couchants, léchant les bottes prussiennes >>.

Son influence est certaine sur les jeunes du lycée Buffon, qui sont nombreux à rejoindre la manifestation ce 11 Novembre à l'Arc de Triomphe, laquelle rassemble des lycéens et des étudiants de toutes origines politiques, des nationalistes aux communistes. Une action saluée par le général de Gaulle et à laquelle participent Pierre Benoit, Jacques Baudry, Pierre Grelot, Lucien Legros et Jean-Marie Arthus. Ensemble, ils bravent la police française et les soldats allemands qui arrêtent plus de 100 manifestants, dont une dizaine en provenance du lycée Buffon.

Le groupe des cinq récidive le 11 mai 1941 en se rassemblant, avec d'autres dont Raymond Burgard, devant la statue de Jeanne d'Arc dont le symbole transcende les clivages politiques et religieux. Tout au long de cette période, Benoit, Baudry, Grelot, Legros et Arthus, se rencontrent, impriment et distribuent des tracts qui appellent à l'action violente contre les Allemands.

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Adhérant aux Francs-tireurs et partisans (FTP) durant l'hiver 1941, ils rassemblent des armes. Quand leur professeur est arrêté, ils organisent une manifestation de protestation le 16 avril 1942 à l'intérieur du lycée Buffon. Ils chantent La Marseillaise et appellent à << libérer Burgard >> (1), provoquant l'intervention de la police. Les cinq lycéens, s'étant enfui à temps, échappent à l'arrestation. Recherchés, Benoit et Legros sont fichés; ils entrent dans la clandestinité. Ils radicalisent leur action et commettent un attentat sur le quai Malaquais contre un officier de la Luftwaffe qu'ils abbattent en plein jour.

Ils lancent aussi des grenades contre une péniche où est organisée une réception à laquelle participent des soldats de la Wehrmacht. Les 3 et 4 juin, Legros, Arthus, Baudry et Grelot sont arrêtés par la police française. Le 17, ils sont condamnés aux travaux forcés à perpétuité. Pierre Benoit, qui échappe à l'arrestation, est condamné à mort par contumace. Depuis Fontainebleau, il organise des sabotages de voies ferrées et d'aérodromes. Blessé au genou au cours d'une opération, recherché dans toute la région parisienne, il se cache dans les égouts et parvient à rentrer à pied vers Paris.

Mais le 22 août, arrêté par la police, Benoit est ensuite livré à la Gestapo. Après un nouveau procès en octobre, ils sont tous condamnés à mort par un tribunal de la Luftwaffe. Au président qui les interroge, ils répliquent qu'ils sont fiers de mourir pour leur pays. Ils passent les quatre derniers mois de leur vie à la prison de Fresnes. Baudry et Legros font deux tentatives d'évasion et sont mis à l'isolement.

Le 8 février 1943, ils sont réveillés à l'aube et emmenés au champ de tir d'Issy-les-Moulineaux où ils sont susillés, puis inhumés anonymement au cimetière d'Ivry. Le matin même, Pierre Grelot avait écrit à ses parents: << Tout est fini maintenant. Je vais être fusillé à 11 heures. Pauvres parents chéris, sachez que ma dernière pensée sera pour vous. Je saurai mourir en Français >>.

A la Libération, les "Cinq" seront cités à l'ordre de la nation et décorés à titre posthume de la Légion d'Honneur, de la Croix de guerre avec palmes et de la médaille de la Résistance. En 1952, leurs corps sont incinérés et l'urne contenant leurs cendres est déposée dans la crypte de la chapelle de la Sorbonne. Chaque année, devant la statue du jardin du Luxembourg, une cérémonie est organisée à la mémoire des étudiants et lycéens résistants morts pour la France.

 

Anonyme

Les Chemins de la Mémoire / n° 230 / 10-2012

 

(1) Condamné à mort, il est guillotiné en Allemagne dans l'enceinte de la prison de Cologne le 15 juin 1944.

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