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Publié par François Gervais

Les histoires de guerre sont parfois glorieuses, souvent douloureuses, rarement souriantes... Voici un récit retrouvé dans la cantine d'un jeune officier mort pour la France, qui prouve que, malgré tout, la vie est plus forte.

bebe 166

Le 17 janvier 1945, près d'une bourgade alsacienne récemment libérée, un civil se présente au PC du 1er escadron du 6e RCA et demande qu'on veuille bien transporter son épouse à la clinique voisine. Elle devait accoucher plus tard, mais elle ressent les premières douleurs... Un half-track est disponible, mais il faut quelques préparatifs et cela demande un certain temps. On fait monter la future maman et son mari puis ont désigne un sous-officier et un chasseur pour les accompagner.

A 100 mètres du PC, la garde de police arrête le half-track, mais horrifié, entend un enfant pleurer. Sans prévenir, sans bruit, la jeune femme vient d'accoucher ! On rend compte au capitaine qui, à la lueur d'une lampe électrique, voit une femme inerte allongée sur un coussin et, sur la tôle, un petit être gémissant et pleurant doucement. Le capitaine emmaillote le bébé dans son blouson, non sans l'avoir débarrassé du cordon qui lui enserrait le cou. C'était un père de famille, et il avait eu le bon réflexe.

Mais que faire ? De nouveaux soins sont indispensables d'urgence. La clinique est trop loin. On décide alors d"emmener la famille à l'infirmerie du corps située à 1 500 m. Le sous-officier prévient le médecin que << le capitaine a un bébé sur les bras >>. On imagine la tête du toubib ! Les infirmiers s'affairent, apportent de nombreux accessoires, jamais le bon... Enfin on enroule la jeune Yvette dans de nombreuses épaisseur de coton hydrophile, on allume des braseros à l'alcool pour réchauffer le berceau et on dépose le tout dans une de ces valises bien connues des célibataires.

Cela ne semble pas plaire à la demoiselle qui s'agite vigoureusement et donne l'impression qu'elle tient à se faire entendre. On va reconduire parents et enfant à domicile, et tout le monde salue leur départ, content de l'heureux dénouement, ému par cette naissance en un lieu destiné à voir souffrir et mourir trop de gens.

Qu'es-tu devenue, petite Yvette ? Tu dois être aujourd'hui aujourd'hui une heureuse grand-mère... Sais-tu que tu es née dans un véhicule militaire, entourée d'un groupe de soldats dont plusieurs, dans les semaines suivantes, durent faire le sacrifice de leur vie pour que la tienne soit libre et heureuse ? Pense à eux quelquefois. Qu'ils restent vivants dans ton souvenir.

Miléna Vuillerme
LVDC / Janvier 2010

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