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Publié par François Gervais

hitlerpetain
Au mois d'août 1940, les dirigeants de Vichy déploient une intense activité diplomatique en direction de Berlin. Pierre Laval, le chef du gouvernement du maréchal Pétain, se rapproche du nouvel ambassadeur d'Allemagne à Paris, Otto Abetz, afin d'obtenir une audience auprès du ministre des Affaires Etrangères du IIIe Reich, Joachim Von Ribbentrop.

montoire 1Pierre Laval croit fermement en la victoire finale de l'Allemagne et souhaite que son pays ait sa carte à jouer dans la future Europe hitlérienne. Philippe Pétain, souhaite également rencontrer Hitler pour obtenir un assouplissement des clauses de l'armistice et soulager ainsi sa population. Il se tourne vers le colonel Fonck, as de l'aviation française de la Grande Guerre et ami personnel du feldmarschall Hermann Göring.

Le 11 octobre, le vainqueur de Verdun prononce un discours radiodiffusé, dans lequel il déclare que << sans doute, l'Allemagne peut-elle, au lendemain de sa victoire sur nos armes, choisir entre une paix traditionnelle d'oppression et une paix toute nouvelle de collaboration. A la misère, aux troubles, aux répressions et sans doute aux conflits que susciterait une nouvelle paix faite à la manière du passé, l'Allemagne peut préférer une paix vivante pour le vainqueur, une paix génératrice de bien être pour tous. Le choix appartient d'abord au vainqueur; il dépend aussi du vaincu. Si toutes les voies nous sont fermées, nous saurons attendre et souffrir. Si un espoir au contraire se lève sur le monde, nous saurons dominer notre humiliation, nos deuils, nos ruines. En présence d'un vainqueur qui aura su dominer sa victoire, nous saurons dominer notre défaite. >>

Après avoir longtemps hésité sur la politique qu'il devait tenir à l'égard de la France, Hitler accepte de rencontrer le chef de l'Etat français à l'occasion d'un voyage qui doit le mener à la frontière espagnole, afin de rencontrer Franco. Otto Abetz transmet l'information à la Chancellerie du ministère des Affaires étrangères et à Laval qui en informe Pétain. Le 22 octobre, Hitler se rend à Hendaye afin d'obtenir de Franco l'autorisation pour ses troupes de traverser l'Espagne ainsi que sa coopération en Afrique. S'il a renoncé à envahir l'Angleterre, Hitler espère faire plier son adversaire en lui fermant les portes de la Méditerranée. La prise de Gibraltar puis celle de Suez sont programmés. Cette entreprise de neutralisation du front ouest doit lui permettre de se concentrer sur l'URSS.

montoire 2Sur le chemin de l'aller, le train blindé du Führer s'arrête dans la gare de Montoire-sur-le-Loir, une humble bourgade du Loir-et-Cher. Prévenu au dernier moment, Pierre Laval se rend sur les lieux et s'entretient durant deux heures avec Hitler, qui lui fait part de sa volonté de recevoir le maréchal Pétain le surlendemain. Il conclut l'entretien en affirmant que la sensibilité de la fierté française ne pourra être ménagée, que si la paix est signée aux dépens de l'Angleterre. De retour à Vichy le lendemain, Laval s'empressa d'informer Pétain, qui bien que placé devant le fait accompli, accepte l'invitation.

A hendaye, Hitler ne parvient pas à rallier Franco à sa cause. Prudent, ce dernier refuse de prendre le moindre engagement tant que l'Angleterre n'est pas vaincue. Le 24 octobre vers 17 heures, le train s'arrête de nouveau dans la gare de Montoire-sur-le-Loir où règne une intense activité depuis plusieurs jours.

Le choix de cette commune est en partie dû à la présence toute proche du tunnel de Saint-Rimay susceptible d'abriter le train en cas d'attaque aérienne.

Hitler reçoit le Maréchal avec égard et lui exprime son regret d'avoir à le rencontrer dans ces circonstances, tandis que Pétain lui rappelle qu'il a toujours été un adversaire de la guerre contre l'Allemagne. Le sujet principal de la discussion porte essentiellement sur le rôle de la France dans la guerre que l'Allemagne livre à la Grande-Bretagne. Pétain se déclare prêt à prendre en considération le principe d'une coopération entre les deux pays, tout en précisant qu'il ne peut pour le moment fixer ses limites exactes.

Pétain comme Laval, sûr de la victoire de l'Allemagne, tente de négocier au mieux la place de la France dans l'Europe nouvelle. Il s'enquiert des conditions posées pour conclure la paix, et cherche à obtenir des améliorations aux conditions imposées par le vainqueur à son pays: le sort des prisonniers de guerre, l'Alsace et la Lorraine ainsi que la ligne de démarcation. Pour le maître du Reich, qui entend bien conserver ses moyens de pression, cette demande de collaboration a pour avantage de faciliter et donc d'accentuer la participation de la France à l'effort de guerre de son pays.

Après deux heures d'entretien, les deux interlocuteurs se quittent satisfaits. Hitler est rassuré sur les intentions de Vichy, tandis que Pétain, malgré les vagues promesses qui lui ont été faites, pense être en mesure d'arracher quelques avantages matériels. Les photographes de la Propagandastaffel immortalisent et diffusent aux yeux du monde l'image de la poignée de mains échangée par les deux hommes.

Par ce geste symbolique, Vichy donne le coup d'envoi à la collaboration. Le Maréchal juge nécessaire de s'adresser aux Français le 30 octobre 1940 pour s'en expliquer: << Celui qui a pris en mains les destinées de la France a le devoir de créer l'atmosphère la plus favorable à la sauvegarde des intérêts du pays. C'est dans l'honneur et pour maintenir l'unité française, une unité de dix siècles, dans le cadre d'une activité constructive du nouvel ordre européen que j'entre aujourd'hui dans la voie de la collaboration. >>

"Verdun diplomatique" pour les uns, "main tendue aux nazis" pour les autres, Montoire attise les passions et fait naître un fossé entre les Français qui soutiennent la politique de l'Etat français et ceux qui la réprouve.

Christophe Prime
Historien au Mémorial de Caen. Coauteur du Larousse de la Seconde Guerre mondiale.
2e Guerre Mondiale. Axe et Alliés dans le plus grand conflit de l'Histoire. N° 3 / 2005


Le document sonore du discours du maréchal Pétain, le 30 octobre 1940.

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