La réunion de 6 associations d'anciens combattants de la ville de Bagnolet (93). ACPG, ANACR, ARAC, FNDIRP, FNACA et UNC.
27 Août 2008
Madame Heitzman

<< Au début de la guerre, je vivais chez mes parents. Atteinte de tuberculose, je suis resté longtemps immobilisée. Fin 1943, je suis rentrée
dans la Résistance où j'étais agent de liaison.
Mon père, réfractaire au travail en Allemagne (STO), était dans la clandestinité. Par des copains de Bagnolet, il s'est procuré une fausse carte d'identité et avec lui, je me suis cachée chez des
amis. Ils nous avaient laissé leur pavillon, près de l'école Henri-Wallon, c'était en 1944.
Le lieutenant-colonel de la Résistance pour toute la région Est de Paris cherchait un local pour réunir tout son état-major. Comme je travaillais dans la fourrure à domicile, j'avais un petit
atelier rue Anatole-France, je le lui avais prêté dès avril 1944. Ils venaient régulièrement et c'était dangereux, car les allers et venues faisaient jaser dans le quartier.
A la Libération, avec tous les jeunes de Bagnolet, on occupait le Château de l'Etang que les Allemands avaient quitté.
J'avais fait partie du premier conseil provisoire, constitué à la Libération, par les élus d'avant-guerre dont aucun n'avait démérité, et qui étaient revenus à Bagnolet. La liste a été complétée
par des gens issus de la Résistance. C'était en septembre 1944.
Les femmes n'avaient jamais fait partie de conseils municipaux, en plus je n'avais pas l'âge. Il fallait avoir 25 ans et je n'en avait que 23. J'ai alors obtenu une dispense. Ma tâche était de
coordonner les différentes organisations de la jeunesse de Bagnolet.
Depuis la Libération, la vie et l'espoir avaient repris. A la séance municipale du 2 octobre 1944, l'ordre du jour portait sur la création de l'Union des jeunes de Bagnolet. On a créé un groupe
pour apprendre aux jeunes à tirer, au Château de l'Etang, notamment pour ceux qui voulaient rejoindre les combattants dans l'armée.
Et au fur et à mesure que les prisonniers rentraient, il y avait les accueils que nous organisions. Il y avait aussi tous les gars qui sortaient de la clandestinité, sans papiers d'identités,
puisqu'ils avaient de faux papiers. J'avais une carte qui me permettait d'accompagner les gars à la préfecture de police et de déclarer leur identité sur l'honneur. On leur délivrait alors une
carte sur ma simple bonne foi.
En 1945, il y a eu des élections au Conseil municipal. Ma dispense n'était plus valable car à cette date, tout le monde était censé être rentré. Je n'ai donc pas figuré sur les
listes.
BAGNOLET MENSUEL N° 134 / Mai 1995
Bulletin d'information municipale
Rédaction: Service information de la ville de Bagnolet
Photos: Thierry Jeandot