La réunion de 6 associations d'anciens combattants de la ville de Bagnolet (93). ACPG, ANACR, ARAC, FNDIRP, FNACA et UNC.
16 Octobre 2008
Q: Vous avez été une Rochambelle, c'est-à-dire ?
R: Rosette Peschaud: Ce nom vient du comte de
Rochambeau, l'un des héros français de la guerre d'indépendance des Etats-Unis. Le groupe Rochambeau a été créé par Florence Conrad une américaine aimant profondément la France, qui, en 1914,
s'était engagée comme infirmière sur le front français. En 1940, elle a repris du service puis a dû regagner son pays. Là-bas, elle a voulu participer à la libération de la France. Après avoir
rassemblé des fonds pour acheter 18 ambulances Dodge, elle a recruté 15 Françaises volontaires. Les premières ambulancières et leurs véhicules sont arrivés à Casablanca où personne ne les
attendait. Grâce au général Koenig, elles ont intégré la 2e DB du général Leclerc.
Q: Comment les avez-vous rejointes ?
R: Rosette Peschaud: Nous habitions le Maroc. Ancien de la guerre de 14, mon père était membre du
mouvement de résistance France-Amérique. Mes parents hébergeaient des permissionnaires ou des malades. Un jour, une jeune fille qui les accompagnait m'a dit qu'on cherchait des conductrices
d'ambulances. Par fidélité envers mon père, par patriotisme et pour participer à la libération de la France, je me suis engagée, à 22 ans.
Q: Que s'est-il passé après ?
R: Rosette Peschaud: Malgré une certaine réticence et un peu de surprise au début, nous
avons été bien accueillies à la 2e DB. Nous faisions partie du bataillon médical. Nous avons reçu une instruction comme tout soldat de 2e classe au camp d'Assi Ben-Okba, près de Mers el-Kébir.
Nous étions alors 36 ambulancières pour 18 véhicules. Transportées en Angleterre, à Cottingham dans le Yorkshire, on nous a initiées à la mécanique, mais pas vraiment entraînées à des situations
de combat. Nous avons été réparties au sein des unités de la 2e DB. Grâce à Suzanne Torrès j'ai été affectée au 501e régiment de chars de combat...
Le 1er août 1944, nous avons débarqué en Normandie et fait mouvement vers le sud. Je me souviens de l'accueil extraordinaire que nous avons reçu à Sainte-Mère-Eglise où des gens qui avaient tout
perdu sortaient des ruines pour nous acclamer. Ce fut une émotion énorme. Nous avons été pour la première fois confrontées à des combats près du Mont-Saint-Michel. Nous avons fait nos premières
évacuations de blessés et les Rochambelles y ont subi leurs premières pertes. Nous avons alors pris conscience de la réalité de la guerre...
Pendant la période des combats, les ambulancières ont eu le même pourcentage de pertes que les soldats. Les ambulances étaient intégrées aux colonnes de chars, de half-tracks et de jeeps. Quand
il y avait un blessé, nous le récupérions en première ligne et l'emmenions à l'hôpital de la 2e DB. De là, les blessés graves étaient conduits dans les antennes chirurgicales américaines. C'est à
partir de ce moment que les Rochambelles ont été vraiment respectées par les soldats de la 2e DB. J'ai participé à toute la Campagne de France, à la prise de Paris avec cette joie inouïe
des parisiens. Les Rochambelles ont dû accueillir de nouvelles recrues car certaine d'entre elles ont quitté le groupe. Florence Conrad est restée à Paris pour s'occuper des blessés de
la 2e DB à l'hôpital du Val-de-Grâce.
Q: Et après la guerre
?
R: Rosette Peschaud: Dès septembre 1945, je me suis engagée au
groupement de marche de la 2e DB commandé par le colonel Massu en Indochine. J'y suis restée un an avant de rentrer en France en même temps que le général Leclerc. Certaines d'entre nous sont
restées et quand le Groupement a été dissout, les dernières Rochambelles sont rentrées.
Les Chemins de la Mémoire / 129