La réunion de 6 associations d'anciens combattants de la ville de Bagnolet (93). ACPG, ANACR, ARAC, FNDIRP, FNACA et UNC.
18 Octobre 2008

Q: Comment avez-vous appris que vous étiez déporté à Dora ?
R: Yves Béon: A Buchenwald, où j'étais déporté, on nous disait toujours: << Si vous devez
partir d'ici, vous n'y pouvez rien, mais espérons que ce ne sera pas pour Dora. C'est le terminus >>. En mars 1944, on nous a mis dans un train. A notre arrivée, il neigeait. J'ai
demandé à quelqu'un où nous étions. Il m'a dit: << A Dora >>. C'était effectivement le bout du monde !
Q: Comment se passait les journées à Dora ?
R: Yves Béon: Les déportés passaient leur vie dans le tunnel qu'on leur faisait creuser depuis août
1943. Nous sortions une fois par mois pour l'appel. Beaucoup ne supportaient plus la lumière du jour tant leurs yeux étaient habitués à la pénombre. Jusqu'en août 1944, nous avons creusé. Les
conditions de vie étaient épouvantables. Nous transportions des machines et du matériel à dos d'homme. Beaucoup sont morts.
Il y avait le travail harassant, les suies, les fumées, les poussières... Sans cesse, de nouvelles recrues arrivaient tant la mortalité était élevée. En août 1944, l'usine était terminée. Un camp
fut alors construit à l'extérieur, ce qui nous permit de vivre enfin hors du tunnel. C'était devenu presque << supportable >>.
Q: Avez-vous pensé et crû que vous pourriez vous sortir de cet enfer ?
R: Yves Béon: Les mois me paraissaient beaucoup plus longs que dans la vie normale. Il fallait tout
oublier du reste de la Terre et se dire << c'est comme ça >>. Le camp se trouvait sur une colline et j'apercevais une petite ville à quelques kilomètres. Nous pouvions la
regarder, ça nous faisait évidemment bondir le coeur. Mais je m'étais dit que c'était un autre monde, celui de la Terre, et que je n'y étais
plus...
Beaucoup ne pouvaient pas s'y faire et sont morts. Nous
ne savions rien de ce qui se passait à l'extérieur, sauf pour le Débarquement, mais on se méfiait car les fausses nouvelles circulaient. Ensuite, je n'ai rien su. J'entendais bien des avions, des
explosions lointaines. Dora n'a jamais été bombardé.
Je suis resté à Dora jusqu'en avril 1945...

Planet Dora de Yves Béon / Editions Reprint 1998
288 pages avec un cahier central d'une vingtaine d'images
19,95 €
Les Chemins de la Mémoire / 138