La réunion de 6 associations d'anciens combattants de la ville de Bagnolet (93). ACPG, ANACR, ARAC, FNDIRP, FNACA et UNC.
7 Mai 2009

Troisième partie: Les raids alliés sur Eperlecques
Les premières photographies aériennes de la R.A.F. ramenées par les Mosquitos de reconnaissance, et prouvant que << quelque
chose >> est en cours de construction dans la forêt d'Eperlecques, datent du 16 mai 1943. Au départ, les officiers de renseignements alliés seront tout à fait incapables de déterminer le
but de ce nouveau chantier. Néanmoins une surveillance aérienne périodique est entreprise et, devant l'ampleur que prend bientôt l'édifice, l'Air Ministry ordonne le 25 août
1943 une attaque de la << special construction at Watten >>. La mission est confiée à la 8th Air Force.
Le 27 août 1943, en fin d'après-midi, deux cent vingt-quatre B 17 << Flying fortress >>, répartis en seize groupes sont prévus pour effectuer la première mission de
bombardement sur Eperlecques. Seulement cent quatre-vingt-cinq bombardiers participeront réellement à la mission et attaqueront en quatre vagues successives (5). Les premières
bombes tombent sur l'objectif à 18 heures 46 et cinquante-six minutes plus tard, les derniers avions s'éloignent après avoir largué trois cent soixante-six bombes de deux mille livres.
Quels sont les résultats obtenus par ce premier raid? Les premiers rapports du côté allié sont emprunts d'une grande satisfaction. Ils sont datés du 29 août: << Deux groupes
d'explosions extrêmement massifs et concentrés sont vus sur la cible... La concentration des explosions est si grande qu'il est positivement impossible d'identifier plus de 19 impacts directs sur
la cible elle-même, 9 dans le premier groupe et 10 dans le deuxième. >> Les bombes des deux vagues suivantes sont, quant à elles, tombées beaucoup plus loin de l'objectif et n'ont
occasionné aucun dégât majeur.
En fait, à la vue des documents d'archives Allemands, il semble qu'il faille tempérer quelque peu l'enthousiasme des états-majors alliés. Certes, le bombardement du 27 août entraîna la
neutralisation de la partie nord du bunker qui devait abriter les locaux de montage et de stockage des V2. Pour ce qui concerne l'usine d'oxigène liquide, il semble que les dégâts ocassionnés
soient beaucoup moins importants. De plus, la dalle supérieure de cinq mètres d'épaisseur n'était pas encore coulée et les murs extérieurs n'avaient atteint que la moitié de leur hauteur
définitive.
Quoi qu'il en soit, le raid du 27 août, qui sera suivi de quatre autres de plus petite envergure dans les jours qui suivirent, fait prendre conscience aux Allemands de la vunérabilité de leurs
sites et surtout de la volonté des alliés de ne pas leur permettre de mener à bien leur programme. A partir de septembre, il n'est plus envisageable d'utiliser Eperlecques comme structure
autonome d'assemblage et de lancement de fusées V2.
Néanmoins, la décision est prise de poursuivre les travaux mais de limiter la fonction du bunker à la production d'oxygène liquide. L'ingénieur Floss, imagine alors un procédé original pour
poursuivre les travaux à l'abri des bombes alliées. Il décide de couler la dalle supérieure de béton de cinq mètres d'épaisseur sur les murs verticaux déjà réalisés. Ensuite cette dalle sera
soulevée par des vérins hydrauliques afin de permettre d'augmenter la hauteur du bâtiment jusqu'à la valeur prévue. Grâce à cette technique révolutionnaire, le bunker principal sera achevé malgré
les vingt-quatre bombardements que subit la zone.
En effet, aucune bombe alors en possession des Anglo-Américains n'est en mesure de percer cinq mètres de béton. Pourtant, par deux fois, le 17 juin et le 25 juillet 1944, les Anglais largueront
sur le bunker des bombes "Tallboy" de 12 000 livres capables, théoriquement, de perforer une telle épaisseur. Au total, trente-deux bombes de ce type seront larguées. Une d'entre elles
tombera sur la façade nord et une autre explosera à 27 mètres de la façade sud. La première ne fera pratiquement pas de mal au bâtiment, par contre la seconde ébranlera fortement les
soubassements, obligeant les techniciens allemands à renoncer à installer les compresseurs à oxygène, trop fragiles.
Malgré celà, la construction peut se poursuivre en toute impunité et une fois terminé, le blockhaus présente une hauteur totale de 28 mètres qui lui donne la capacité d'accueil de l'usine
d'oxygène. Celle-ci lui permet également de servir pour le stockage des carcasses des fusées et des éléments nécessaires à leur fonctionnement. La décision est pourtant prise de transférer
les ateliers de montage vers le site de Wizernes qui, avec sa coupole, semble présenter de meilleures garanties de sécurité.
En juillet 1944, le generalfeldmarschall Gerd von Rundstedt prend la décision d'abandonner définitivement la construction d'Eperlecques, tout en y maintenant un semblant d'activité afin
de servir de leurre à l'aviation alliée.
Le 6 septembre 1944, la région est libérée par les troupes canadiennes qui trouveront le bunker totalement inoccupé...
Jean-Robert Gorce - Le blockhaus d'Eperlecques
Histoire de guerre n° 2 / 02-00
(5) C'est au cours de cette mission que fut tué le commandant René Mouchotte du Groupe de Chasse
"Alsace". Il effectuait, avec son unité équipée de Spitfire MK IXB, la couverture de la première vague de B 17. Il disparut avec l'un de ses équipiers, le sergent-chef Magrot.
Les pertes alliées occasionnées par ce raid furent de cinq appareils.
Quelques clichés du bunker d'Eperlecques sont visibles en suivant ces liens:
bunk00.jpg
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planepe2.jpg
Nous vous conseillons également la visite superbement illustrée et documentée du site dédié au bunker d'Eperlecques: link
Egalement disponible une petite video donnant une
idée assez impressionnante de l'édifice: