La réunion de 6 associations d'anciens combattants de la ville de Bagnolet (93). ACPG, ANACR, ARAC, FNDIRP, FNACA et UNC.
18 Octobre 2008
Un mémorial de camp de concentration ne peut être connu au-delà des frontières régionales que s'il met en relief les spécificités de l'histoire du camp.
Celle de Mittelbau-Dora est liée à l'instauration du travail forcé dans les camps de concentration, et à la volonté de transférer sous terre l'industrie d'armement
allemande.
Mittelbau-Dora fut le dernier des principaux camps de concentration construits par les nazis. Il fut également
l'un des premiers camps -et vers la fin de la guerre l'un des plus grands- à avoir été créé dans l'unique but d'exploiter la force de travail de ses détenus. Son histoire peut
ainsi être considérée comme représentative du développement du système concentrationnaire durant les deux dernières années de la guerre, pendant lesquelles les travaux forcés devinrent le motif
essentiel de la détention dans les camps.
En 1943, la Wehrmacht transféra la production des fusées V2 dans des installations souterraines près de Nordhausen. L'année suivante, dans cette même région, il fut prévu d'ouvrir des douzaines
d'autres usines souterraines, à l'instar de celles de fusées, dans le but d'y construire des avions. Or, malgré les 60 000 déportés provenant de presque tous les pays d'Europe, rares furent les
installations souterraines qui furent achevées. 20 000 détenus, dont de très nombreux Français, ne survécurent pas aux travaux forcés sur les chantiers du camp de concentration de Mittelbau-Dora,
ainsi que dans l'usine souterraine où l'on fabriquait les fusées.
L'histoire des travaux forcés dans les camps de concentration soulève moult questions qui sont abordées dans l'exposition permanente et les activités pédagogiques du mémorial: comment était
déterminé le point d'équilibre entre l'extermination (but idéologique) et le travail (but économique) ? Quelle responsabilité porte l'industrie dans les conditions de détention des déportés ?
Quelles furent les répercussions de l'apparition progressive du système concentrationnaire dans la vie quotidienne de la population civile allemande, notamment lors des dernières années de la
guerre avec l'existence des centaines de camps extérieurs ? Quelle responsabilité portent les ingénieurs du génie civil et les scientifiques concepteurs des fusées, qui pilotèrent les projets de
constructions et d'armement au sein du camp de Mittelbau-Dora ?
Ce sont précisément ces questions de la responsabilité éthique des scientifiques et des techniciens, ainsi que du caractère
complice de la population qui ont conduit au choix de thèmes aujourd'hui encore d'actualité et qui font de ce mémorial un lieu éducatif pour le présent et l'avenir. Il est important de ne pas
apporter de réponses simples aux questions complexes que se posent les visiteurs. La visite du mémorial doit plutôt les inciter à réfléchir sur les origines et les conséquences de la domination
national-socialiste. Il ne s'agit pas de fournir aux visiteurs un récit qui reflèterait des opinions et ne pourrait leur offrir tout au plus qu'une vision subjective de l'histoire du
camp.
Bien au contraire, ils doivent percevoir l'histoire de Mittelbau-Dora de manière à chercher eux-mêmes les réponses, dans toute leur complexité et contradiction: le visiteur doit se forger sa
propre opinion sur l'histoire et sur les événements actuels. Dans ce contexte, les témoignages des rescapés sont indispensables. Mais vu le grand âge des derniers survivants, dans quelques
années, ces témoignages n'existeront plus que sous forme d'interviews enregistrés sur support vidéo et de récits écrits qui sont présentés dans l'exposition permanente du mémorial.
Ceux-ci sont disponibles au service de documentation (conservés aux côtés des documents provenant de la hiérarchie de l'administration du camp SS et issus d'archives de sociétés) pour ceux
qui souhaitent effectuer des recherches approfondies. Avec la disparition des témoins, les vestiges architecturaux de l'ancien camp prennent une importance centrale dans le travail du mémorial.
Témoins matériels, ils constituent l'évidence de la pierre; ils sont la preuve des crimes perpétrés sur ce lieu. Avec les cimetières, ils conditionnent le lieu historique.
Le nouveau concept du mémorial a pour but de dégager ces vestiges qui ont été recouverts par la végétation au fil du temps, de leur
redonner, dans quelques années, leur forme initiale et de rendre ainsi lisibles les structures du terrain de l'ancien camp. Ce terrain comprend également l'installation de galeries souterraines
dont une partie est ouverte au public. Ce projet, financé par le gouvernement fédéral allemand depuis le classement du camp parmi les mémoriaux protégés en 2000, comprend en outre, l'édification
d'un centre éducatif et d'archivage qui a vu le jour en 2004. Les nouveaux locaux en cours d'étude abriteront des salles de séminaires, la collection muséale, une bibliothèque richement fournie,
des archives aménagées de manière professionnelle ainsi que la nouvelle exposition permanente. La base du travail pédagogique et scientifique réalisé au mémorial sera ainsi considérablement
améliorée à partir de cette année.
Le mémorial de Mittelbau-Dora n'est pas seulement un lieu du souvenir et un cimetière, c'est aussi un musée d'histoire contemporaine et un lieu de travail consacré à la formation
historico-politique. C'est pourquoi, outre les visites guidées quotidiennes et les expositions, le mémorial propose régulièrement des séminaires et des conférences sur l'histoire et les
conséquences des camps de concentration. Les thèmes choisis pour ces manifestations, qui s'adressent en particulier à des personnes relais, vont de l'éthique de la science à des questions
d'éducation générale aux droits de l'homme en passant par des débats sur la xénophobie.
L'exposition permanente, les
visites guidées, les documents d'information, la signalétique... sont en plusieurs langues afin de mettre en avant le caractère européen du mémorial. C'est aussi pour cette raison que d'étroits
contacts sont entretenus avec des musées et des mémoriaux à l'étranger, en particulier en Europe de l'Ouest. Les associations d'anciens détenus jouent ici un rôle central.
Un retard est toutefois à combler avec la Pologne et les pays de l'ex-Union soviétique, car la moitié des détenus du camp de concentration de Mittelbau-Dora en était issue. Le caractère
international du mémorial se reflète également dans la provenance des visiteurs: 20% à 30% d'entres eux sont étrangers, en majorité des Néerlandais, des Belges et des Français. Quant aux
Allemands, ils viennent des quatre coins du pays, avec une prédominance des habitants de Thuringe et des Länder voisins, à savoir la Basse-Saxe et la Saxe-Anhalt. Plus de la moitié du public est
âgée de moins de 18 ans, ce qui explique par le nombre élevé des classes scolaires parmi les réservations de groupes.
Pour de plus amples informations sur le mémorial de Mittelbau-Dora, nous vous conseillons de consulter plusieurs
sites consacrés au musée.
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Le site officiel international du musée mémorial de Mittelbau-Dora
(avec version française) link
Un site bien documenté en photographies (français) link
Un site sur Buchenwald et Mittelbau-Dora (allemand) link
Les Chemins de la Mémoire / 138