La réunion de 6 associations d'anciens combattants de la ville de Bagnolet (93). ACPG, ANACR, ARAC, FNDIRP, FNACA et UNC.
4 Novembre 2008

Avec 100 000 habitants, à 140 km au sud de Skopje, Bitola est la deuxième ville de Macédoine. Elle aurait pu supplanter la capitale actuelle, mais le Maréchal Tito en a décidé autrement et a
préféré Skopje. Si cette grande ville interesse notre histoire de France, c'est qu'en bordure de ville reposent sur 30 000 m2 de terre macédonienne un peu plus de 13 000 de nos "Poilus". Sous le
commandement du général Sarrailh, ils appartenaient à cette grande Armée d'Orient, décimée par la rudesse des combats et par la maladie.
Officiellement inauguré le 15 septembre 1923, le cimetière français de Bitola, c'est 32 rangées de croix et de tombes de
chacune 191 soldats morts pour la France. Ils se nommaient Eric, Ahmed, Samuel, Diallo, etc... C'est aussi les 7 000 corps de ceux qui n'ont pu être identifiés et qui sont regroupés dans un
ossuaire collectif. Il est malheureusement bien plus grand que le cimetière français de Skopje où reposent 4 000 de nos compatriotes.
Ce haut lieu de la Mémoire est un des plus grands cimetières des Balkans. Les nombreux visiteurs français qui viennent saluer un grand-père ou un grand'oncle sont saisis par cette atmosphère
particulière. Ils témoignent de leurs attachements patriotiques et affectif à ce bout de terre française. Un modeste musée, où depuis quarante ans le même gardien vous accueille, rappelle le
déroulement des combats, la grandeur de ceux qui les menèrent et qui y laissèrent leur vie. Des Balkans, 45 000 de nos soldats ne revinrent jamais en France. Les dépouilles ne quittèrent plus
jamais le sol de la Macédoine. Les témoignages consignés sur le Livre d'Or sont souvent émouvants. Ce sont ceux de la petite-fille, du petit-neveu, d'anonymes... ou de personnalités...
Chaque 11 Novembre, nos morts sont honorés, des fleurs sont posées au pied des tombes et des croix. Les corps sont alignés. Nos anciens sont enterrés tête à tête, ces têtes qui, depuis 90 ans,
n'ont plus jamais regardé que le ciel de la Macédoine. Ainsi reposent nos 6 164 "Poilus" identifiés. Ainsi sont regroupés les restes des <<sans nom>>. Le cimetière est parfaitement
entretenu. Le blanc des croix s'effrite quelque fois. Alors les jeunes soldats français de la force déployée au Kossovo, la KAFOR, viennent repeindre, ratisser, nettoyer, entretenir. C'est le
seul acte de reconnaissance et de respect qu'avec nous, ils doivent à ces anciens, morts en terre étrangère, loin de la Patrie, pour une cause qui les dépassait.
Eux aussi avaient 20 ans. Alors, quand il rafraîchissent un nom, quand ils refont beaux et propres la croix ou le croissant, je sais qu'ils sont émus. Je sais qu'ils pensent que la France est
grande quand, pour une idée de la Paix entre les peuples, elle se bat et donne à cette noble cause des milliers de ses fils qui ne reverront jamais plus le bocage de leur Normandie ou les monts
des Vosges. Ils n'ont vu, avant que leurs yeux ne se ferment, qu'un bout de terre qui n'était pas la leur mais qu'ils venaient défendre.
On ne peut en quittant nos Anciens échapper à la prière, si l'on croit. On ne peut, en les laissant reposer derrière nous, échapper au recueillement. On ne peut que les admirer pour ce qu'ils ont
fait, pour que vive leur patrie. C'est peut-être ça, l'esprit patriotique ! Gloire à nos Anciens et qu'ils reposent en Paix !
Colonel Michel Richaud
commandant de la KFOR détachée en Macédoine