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Publié par François Gervais


Edition du discours de Monsieur Michel Chaput, Président de l'Union locale des Anciens Combattants de Bagnolet, prononcé lors de la cérémonie commémorative du 90e Anniversaire du 11 Novembre 1918.

Vous pouvez également accéder au discours de Monsieur Marc Everbecq, Maire de Bagnolet, en suivant ce lien:
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Monsieur le Maire,
Madame le Maire Honoraire,
Madame la vice-présidente du Conseil Général,
Mesdames et Messieurs les élus,
Madame et Messieurs les Présidents d'Associations d'Anciens Combattants,
Mesdames, Messieurs.

En cette journée du 11 Novembre 2008, nous commémorons le 90e Anniversaire de l'Armistice qui mit fin à la terrible et cruelle première guerre mondiale. Nous nous souvenons de l'héroïque comportement des soldats, des furieux combats qu'ils livrèrent sur les champs de bataille de la Somme, de la Marne, de Verdun, du Proche-Orient pour la liberté de la France.

Sous le soleil du mois d'août 1914 ces jeunes hommes enthousiastes montèrent au front persuadés qu'ils pourraient en quelques jours briser les assauts de l'agresseur et rétablir une paix durable. Hélas, ce n'est qu'après quatre années et trois mois d'épreuves et de souffrances qu'ils remportèrent enfin la victoire, le 11 Novembre 1918.

Monsieur Lazare Ponticelli était le dernier <<poilu>>, mais aussi le dernier légionnaire survivant de la Première Guerre mondiale. Il est décédé le 12 mars 2008 à l'âge de 110 ans. Avec lui, c'est une page de l'Histoire de France qui se tourne. C'est celle qu'avaient écrite les quelques huit millions de soldats mobilisés et engagés de la Grande Guerre, parmi lesquels près d'un million trois cent soixante quinze mille avaient été tués. Il était le témoin acteur d'une immense tragédie qui a boulversé l'ordre du Monde.

Mais au-delà du combattant et de sa qualité d'ultime survivant de la Grande Guerre, homme d'exception, le parcours d'intégration de Lazare Ponticelli est un hymne d'amour à la France qui mérite d'être médité par tous.

Issu d'une famille pauvre, celui qui avait émigré en France avec ses parents à l'âge de neuf ans, n'hésite pas un instant à rejoindre ses camarades transalpins qui s'engagent en masse en cet été torride de 1914 pour défendre la France, leur pays d'adoption. Ils suivent en cela l'appel lancé par les intellectuels Blaise Cendrars et Ricciotto Canudo dans un <<Appel aux étrangers vivants en France>>, les incitant à s'engager. Seule la Légion étrangère accepte d'incorporer le jeune italien (Canudo s'engagera également dans la Légion) et il sera affecté dans une unité composée exclusivement d'Italiens. Elle prendra le nom de "Légion Garibaldienne", du nom de son commandant Guiseppe Garibaldi.

Il faut se souvenir que du 2 août au 9 septembre 1914, c'est-a-dire durant la bataille des frontières jusqu'à la Marne, l'armée française a battu en retraite. Dans le courant de ce mois de septembre décisif, sous les ordres de Joffre, l'appel est lancé à la levée massive de l'armée de Paris, que commande le général Gallieni. C'est alors la réquisition générale des taxis parisiens pour amener vers le front cette armée qui prendra part à la contre offensive victorieuse.

Cette chevauchée salvatrice pour le moral des soldats du front et de l'ensemble de la population, entrera dans la légende sous le nom des <<Taxis de la Marne>>. En un peu plus d'un mois de guerre et uniquement du côté français, on dénombrera 329 000 morts, soit 20% des pertes humaines de cette grande guerre mondiale. Après la Marne, la bataille devait se déplacer vers l'Yser avant que les armées belligérantes ne s'enterrent pendant de longs mois, en 1915 et 1916, de la mer du Nord à la frontière Suisse.

1917 fut l'année des offensives inutiles et cruelles du "Chemin des Dames". Elles suscitèrent les mutineries de régiments sur le front, suivi de répressions et de nombreuses grèves en France. Pour la seule région parisienne près de 100 000 grévistes seront dénombrés. Les mutineries les plus sérieuses eurent lieu entre Soissons et Reims. La nature de ces rebellions doivent être soulignées: si quelques groupes de soldats défilèrent en chantant "l'Internationale" et criant << vive la Paix ! >>, le plus souvent les <<mutins>> se contentèrent de refuser de monter en première ligne. Ce qu'ils demandaient, principalement, c'était que cesse les attaques sanglantes et inutiles.

Ce fut aussi et surtout l'année où quelque chose de nouveau, né de cette guerre, et de son horreur, ébranla pour toujours le vieil ordre social jusque là intangible: une justice d'exception venait de se mettre en place au sein d'un Etat démocratique. Les Conseils de guerre jugèrent 3 500 soldats et prononçèrent 554 peines de mort. Le général Pétain, remplaçant de Nivelle, mis en place une répression rapide car il fallait faire des exemples. Par delà les souffrances physiques et morales de ces soldats, le courage et l'esprit civique ont fait qu'ils restèrent à tous moments, et ceci malgé l'adversité, des hommes responsables.

La guerre se termina le 11 Novembre 1918 à l'avantage des pays de l'entente. Cet Armistice qui arrêtait les terribles combats, puis le "Traité de Versailles" qui suivit, le 25 juin 1919, n'avaient rien résolus. Le 3 septembre 1939, la Seconde Guerre mondiale éclatait. Une autre boucherie s'annonçait: Auschwitz, Hiroshima. Comme quoi la parole de Jean Jaurès devrait nous faire réfléchir: << le capitalisme porte en lui la guerre, comme la nuée porte l'orage>>. 

En ce 11 Novembre 2008, quatre vingt-dix ans après la sonnerie du <<cessez-le-feu>>, notre présence en ce lieu symbolique, témoigne de notre immense gratitude envers tous ses hommes qui ont fait le sacrifice de leur vie pour que la France reste libre, indépendante et souveraine. L'érection des monuments aux morts dans plus de 30 000 communes de France, revêt une importance historique mise au service de la mémoire collective. Cela fait revivre par la pensée, que des générations de combattants morts pour leur patrie ne doivent pas tomber dans l'oubli. Aujourd'hui, devant ce monument dédié aux enfants de Bagnolet tombés au combat, rendons leur hommage et exprimons leur notre reconnaissance.

Leurs exemples nourrit les vertus essentielles qui sont le refus de l'orgueil, et ils renforcent le culte de la fraternité et de la Paix. C'est celà qu'ont écrit de leur sang ceux qui sont allés mourir à Verdun, au Chemin des Dames ou à Douaumont, afin d'épargner à la France l'humiliation et la servitude. C'est celà qui a motivé le courage et l'esprit de sacrifice de ces gens du peuple, qui pendant quatre terribles années, ont fait reculer les limites de la souffrance humaine.

En leurs noms, quel plus noble message à transmettre à la jeunesse française, aux femmes et aux hommes, que celui de la Paix universelle, dans le respect d'autrui, la tolérance et la fraternité.

<< Les vrais hommes de progrès sont ceux qui ont pour point de départ, un respect profond du passé >>, écrivait Ernest Renan.

Vive la France,
Vive la Paix.

Michel Chaput
Président de l'Union Locale des Associations d'Anciens Combattants de Bagnolet

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