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Publié par François Gervais


Commandeur de la Légion d'Honneur, quatorze citations, cinq blessures récoltées au cours des trois guerres... 39-45, l'Indochine et l'Algérie. Ses hommes et ses pairs l'appelaient "Le Héros".

24 juin 1958. Un hélicoptère s'abat brutalement en Kabylie dans le cirque des Ouazellaguen, au centre d'un paysage magnifique, âpre et dur. Dans la carcasse broyée de l'engin tombé comme une pierre, Henri Guilleminot, capitaine parachutiste du 2e RCP, a cessé de vivre. Il n'avait pas encore officiellement pris le commandement de la 4e Compagnie, mais, depuis une semaine, il la conduisait déjà lui-même. Lorsque l'hélicoptère qui le transportait s'est brusquement fracassé, il était à la tête de ses hommes en opération. Quelques jours avant sa mort, impressionné par la beauté grandiose de ce panorama coupé de ravins profonds, surplombé de belvédères vertigineux, barré de falaises grises, couronné au loin par des sommets tachetés de neige, le capitaine Guilleminot s'exclamait en écartant les bras: << Qu'est-ce que ça a de la gueule, ces balcons accrochés au ciel! >>

Maquisard à 17 ans, officier à 19 ans 
A la tête de ses hommes, voilà près de quinze ans que Guilleminot s'y tient et ne déroge pas. A dix-sept ans, il s'engage dans la Résistance et passe au maquis de Lorris dans la forêt d'Orléans. Il participe à plusieurs combats, à la destruction de ponts, d'un train, d'un dépôt de munitions et s'affirme comme un meneur d'hommes. Il est nommé sous-lieutenant à 18 ans. Après le Débarquement de Normandie, il rejoint le 1er Régiment de Bourgogne intégré à la 1re Armée. Il est blessé à Nonnenbrück en janvier 1945. Il a déjà été cité deux fois. Après la capitulation allemande, il entre comme saint-cyrien à l'ESMIA (Ecole Spéciale Militaire Inter-Armes). Promu sous-lieutenant d'active, il n'a pas 19 ans.

A peine sorti de l'Ecole militaire, il s'embarque pour l'Indochine. Au Tonkin, il rejoint le pays thaï avec ses montagnes couvertes de jungle, ses vallées heureuses aux villages de paille blonde et ses filles en corsage de soie. Il va s'y accrocher, se battre, couvrir de longues courses de juillet 1946 à janvier 1949. Il est cité quatre fois et nommé chevalier de la Légion d'Honneur.

La victoire de Nasan
Quelques mois plus tard, il est de retour en Indochine et remonte au pays thaï. Il y reste trois ans. Deux fois blessé, trois fois cité. Rapatrié durant l'été 1952, il revient fin novembre. Il est promu capitaine à 26 ans et atterrit dans le camp retranché de Nasan, en pleine bagarre. Les régiments viets attaquent par coups de boutoir répétés. Une nuit de décembre, un point d'appui tenu par la Légion est presque submergé par les vagues d'assaut vietminh qui chargent en hurlant. A la tête de sa compagnie, Guilleminot fait mettre baïonnette au fusil à ses paras et monte au pas de course vers le point d'appui. Les Légionnaires demandent une attaque aérienne. Les Viets sont à moins de cent mètres du poste. Le choc est violent. Les paras, après un corps à corps furieux, font reculer les assaillants. Un bataillon de bodoïs frais franchit les barbelés. Mais cette fois, un chapelet de bombes hache leurs rangs.

Les "Privaters", gros bombardiers quadrimoteurs, interviennent. Les bombes de 500 livres tombent à peu de distance des troupes engagées au sol. La bataille dure jusqu'à l'aube. Les avions effectuent dix bombardements. Les Viets, taillés en pièces, décrochent laissant derrière eux des centaines de cadavres. Le point d'appui est dégagé. La contre-attaque de Guilleminot a colmaté la brèche qui menaçait le camp. La précision du bombardement aérien a fait le reste: non seulement les attaques vietminh ont été stoppées dans la nuit en cours, mais également toutes les autres tentatives. Il n'y aura plus d'assaut d'envergure sur Nasan.

L'Egypte et l'Algérie
Après Nasan, Guilleminot saute sur Diên Biên Phu, où il est plusieurs fois blessé et trois fois cité. Libéré des camps viets le 2 septembre 1954, il est affecté à sa demande à la "Division Nung" (des montagnards de la région de Moncay), regroupée au Sud-Vietnam, où il sert jusqu'en juin 1955. Il quitte l'Indochine, où il a été cité neuf fois, et blessé quatre fois. Il en revient officier de la Légion d'Honneur.

En 1956, il prend part à l'expédition d'Egypte avec le 2e Régiment de parachutistes coloniaux commandé par le colonel Château-Jobert. Une victoire brisée par la condamnation de l'ONU. L'année d'après, en Algérie, il commande la compagnie de reconnaissance du 2e RCP, puis le Bureau des opérations, où il réussit remarquablement. Mais il veut encore, bien que son temps de commandement au feu soit largement dépassé, prendre une fois de plus la tête d'une autre compagnie de combat. Et de cette volonté permanente qu'il porte en lui de répondre à l'appel des premières lignes... il va mourir.

Audacieux, rieur, spécialiste des raids en profondeur et d'assauts à visière ouverte, le capitaine Henri Guilleminot était un athlète d'une énergie et d'un courage hors du commun, qui emballait ses hommes au moment du combat. Commandeur de la Légion d'Honneur, quatorze citations, et cinq blessures récoltées au cours des trois guerres qu'il avait traversées. 39-45, l'Indochine et l'Algérie... où la mort allait le happer et l'écraser au pied d'une barrière rocheuse couleur de sang séché. Henri Guilleminot avait 32 ans.

La promotion 1975-1977 de l'ESMIA, recevra le nom de baptême de "Capitaine Guilleminot"

Pierre Darcourt
LVDC n°1729 11-2007

Commenter cet article

François GERVAIS 12/03/2012 05:17


Merci de votre coopération pour la publication de l'insigne. Recevez ma plus sincère amitié. 

Eugène 11/03/2012 19:37


Bonjour en voici l'insigne.Cordialement.