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Publié par François GERVAIS


On ne peut évoquer la France Libre sans parler de l'Ordre de la Libération qui récompense les meilleurs de ceux qui répondirent à l'Appel du général de Gaulle. En voici brièvement tracé l'historique par son ancien secrétaire M. Jules Muracciole.

Comment naquit l'Ordre
Pour consacrer une épopée qu'il prévoyait sans précédent dans l'Histoire de France, le général de Gaulle dès 1940 <<veut qu'un insigne inédit, né des circonstances, puisse être décerné à ceux qui se seront signalés dans cette haute et difficile entreprise>>. Bien sûr, il y a nos décorations courantes, mais le Général s'interdit de distribuer des Croix de la Légion d'Honneur par scrupuleux respect de nos institutions, indiscutablement vacantes à ses yeux. Il faut un nouvel insigne face à une conjoncture imprévisible où va se jouer le devenir de la Patrie. Il faut une distinction spéciale. Puisqu'il s'agit de soustraire la France au joug de l'envahisseur: une Croix de la Libération.

Le 16 décembre 1940 à Brazzaville, paraît l'Ordonnance n° 7 créant l'Ordre de la Libération. Afin de bien souligner ses intentions, le chef des Français Libres en fixera ultérieurement le rang: après la Légion d'Honneur, mais avant toute autre distinction française. Un décret de Londres, le 29 janvier 1940, en réglera l'organisation. Le Conseil de l'Ordre est institué, ses membres nommés, l'insigne défini. Il consiste en un écu de bronze, portant un glaive en pal surchargé d'une croix de Lorraine, avec au revers, en exergue: "Patriam Servando Victoriam Tulit". Le ruban de moire verte et noire symbolise le deuil et l'espérance de la Patrie.

L'arrêté relatif à la remise et au port de l'insigne est pris. Sa remise sera faite solennellement au cours d'une prise d'armes. Les troupes présenteront les armes, puis, l'ordre d'ouvrir le ban ayant été donné, le membre de l'Ordre chargé de la remise unterpellera le récipiendaire par son grade et son nom et lui remettra son insigne en lui adressant les paroles suivantes: <<Nous vous reconnaissons comme notre Compagnon pour la libération de la France dans l'honneur et par la victoire>>.

Les premiers compagnons
Avec les premiers compagnons, l'Ordre devient une réalité. Ils sont 9 le 29 janvier 1941, quatre tombés au champ d'honneur et cinq formant le Conseil. Du fait des combats, les premiers Compagnons du général de Gaulle n'étaient pas sédentaires. Ils n'étaient que très rarement réunis à Londres autour du créateur de l'Ordre. L'amiral Georges Thierry d'Argenlieu, premier Grand Chancelier, est à Londres le 2 février 1941, au Canada le 24 du même mois, à Londres à nouveau le 12 mai. Le Gouverneur-général Félix Eboué, venu du Tchad, réside à Brazzaville. Le lieutenant Emmanuel d'Ollondes (d'Harcourt) retourne en mission clandestine dans la métropole. Edmond Popieul navigue. Henry Bouquillard meurt pour la France. A ces premiers militaires s'en ajoutent vite d'autres. C'est en mai 1941 que les premières croix seront livrées et réparties à Londres, en Libye, en Egypte et en Syrie.


Le collier du Grand Maître
Tout au long de l'Histoire de France, les ordres créés comportèrent pour le fondateur le collier du Grand Maître. Dès le printemps 1945, le Général en admettait le principe.

Le collier réalisé par l'artiste ferronnier Gilbert Poillerat s'inspire de celui de l'Ordre de Saint-Michel. Il est fait de neuf larges maillons d'or réunis par des croix de Lorraine d'émail vert, portant la principale pièce: un médaillon ovale où, dans le flamboiement de rayons mi-partie or et mi-partie argent, s'inscrit au foyer la Croix de la Libération. Chaque maillon d'or rappelle le nom des territoires qui, l'un après l'autre, reformèrent l'Empire: Afrique Equatoriale, Nouvelles-Hébrides, Cameroun, Nouvelle-Calédonie, Océanie, Guyane, Indes, Levant, Réunion, Somalie, Saint-Pierre et Miquelon, Madagascar, Afrique du Nord, Antilles, Afrique Occidentale, Indochine et, avec la métropole, la France dans son intégrité.

Ainsi réalisé, le collier du Grand Maître devait être remis au fondateur le 31 août 1947, en présence du Conseil et de très nombreux Compagnons. Après l'avoir reçu des mains du Chancelier, en conformité avec la tradition, le général de Gaulle remerciait en ces termes: <<Si j'ai de tout coeur accepté l'invitation si chaleureuse et si émouvante qui m'a été faite, c'est que je ne voulais, pour rien au monde, négliger l'accasion qui m'était donnée de rendre hommage à l'Ordre, cette chevalerie exceptionnelle créée au moment le plus grave de l'Histoire de France, fidèle à elle-même, solidaire dans le sacrifice et dans la lutte.>>

Les Compagnons de la Libération forgèrent vraiment l'élite voulue par leur fondateur. Le "Patriam Servando Victoriam Tulit" (En servant la Patrie, il a remporté la Victoire), vaut pour chacun et pour tous. Est-il besoin de souligner davantage les affinités existant entre l'Appel de Juin 1940 et la création de l'Ordre de la Libération?

Il y eu 1 059 Compagnons
Le 23 janvier 1946, le général de Gaulle mettait fin par décret à l'attribution de la Croix de la Libération. Depuis sa création jusqu'à ce décret, il avait été décerné 1 059 Croix de la Libération.

Les villes de Paris, Nantes, Grenoble, Vassieux-en-Vercors et l'Ile de Sein sont Compagnons. 18 unités combattantes sont Compagnons et portent à leur drapeau le ruban de l'Ordre de la Libération. 238 Compagnons ont été nommés à titre posthume. Beaucoup sont tombés au cours des combats, sont morts au service de la France, des suites des blessures ou des sévices subis dans les camps de déportation. Six femmes, toutes décédées, ont été faites Compagnon de la Libération.

 La Croix de la Libération, seulement attribuée sur avis du Conseil de l'Ordre, n'a été accordée que par décret signé du général de Gaulle, Grand Maître de l'Ordre et lorsque l'étude attentive par le Conseil de l'Ordre de chaque cas révélait le caractère exceptionnel de l'action et la valeur des titres.

Certains Compagnons ont occupé les plus éminentes fonctions ou ont atteint les plus hauts grades dans l'armée: d'autres ont été des soldats ou des Résistants modestes. Les Compagnons sont issus des plus diverses familles politiques, confessionnelles et sociales. Tous se considèrent comme égaux entre eux. Il n'y a pas de hiérarchie dans l'Ordre.

De 1941 à 1958, l'amiral Georges Thierry d'Argenlieu a été le premier Grand Chancelier de l'Ordre de la Libération, lui a succédé de 1958 à 1962 le général Joseph Ingold. Depuis 1962, le Grand Chancelier est Claude Hettier de Boislambert (l'article écrit en 1973 ne prend pas en compte les Chanceliers qui ont suivis le décès de Claude Héttier de Boislambert en 1978: Général d'Armée Jean Simon 1978-2000; Général d'Armée Alain de Boissieu 2000-20006; Pierre Messmer 2006-2007; le Professeur François Jacob depuis 2007).

Le Conseil de l'Ordre
Jusqu'à la mort du général de Gaulle, les membres du Conseil de l'Ordre, choisis parmi les Compagnons, étaient nommés par lui, sur proposition du Grand Chancelier, le Conseil de l'Ordre entendu. Le général de Gaulle ayant disparu et aucun Grand Maître ne pouvant le remplacer, désormais c'est le Grand Chancelier qui, procède à la nomination et au remplacement des membres du Conseil de l'Ordre. L'Ordre de la Libération étant "Ordre National", il informe le président de la République de ces nominations.

Jules Muracciole.

Cet article est tirée de la revue Historama hors série trimestriel n° 23 "Le Général de Gaulle et la France Libre", en date d'avril 1974.
Pour en savoir plus et surtout pour connaître toute l'histoire des Compagnons de la Libération, je vous recommande vivement d'aller consulter le site officiel de l'Ordre de la Libération.  link

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