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Publié par François Gervais


2. LE CHOC FRONTAL DU 26 MARS

D'aucuns peuvent toujours après coup contester la manière dont Glières a été gérée. Mais les rescapés qui ont eu, sur place, des responsabilités dans le commandement du Plateau, remarquent: << Si nous avions reçu l'ordre d'évacuer le Plateau, dans les jours qui ont suivi le parachutage du 10 mars, aurions-nous eu une meilleure chance de nous en tirer que le 26 mars, au soir de l'attaque allemande ? >> Et à cette question leur réponse est <<non>> pour une raison simple: la neige. Il faut en effet avoir fait l'expérience des chutes de neige qui tombent sur ce massif (et ce furent des chutes <<record>>), pour mesurer l'obstacle qu'elles ont constitué.

En cette fin mars, les vallées sont encore enneigées. Quant aux abords du Plateau ils seront d'abord jugés inattaquables par le commandement de la 157e Gebirgsjäger-division de la Wehrmacht. Or les 465 maquisards ont bien acquis un peu l'expérience de la montagne, ces derniers mois. Mais ils sont en majorité nouveaux venus dans la région, citadins pour la plupart, sans formation alpine. Leur habillement est celui des jeunes de cette époque de guerre et de restrictions, à peine amélioré par quelques éléments d'équipement militaire. Leur ordonner, à ce moment-là, une manoeuvre d'exfiltration dans le froid et la neige pour rejoindre leurs maquis d'origine, c'est les condamner à périr et offrir aux forces de l'ordre la possibilité de les suivre à la trace jusque dans les chalets qu'ils auraient pu trouver. C'était aussi déclencher des représailles contre la population qui aurait pu les accueillir. L'Armée Allemande n'a pas encore fait son apparition que Londres a annoncé d'autres parachutages et des renforts. Le printemps va arriver, et avec lui le Débarquement. Deux ou trois semaines plus tard, la donne aurait été différente.

Hélas, tout se précipite ! Le capitaine Anjot n'a que le temps de prendre contact avec ses hommes et de renforcer le dispositif de défense; cinq jours plus tard, l'Armée Allemande envahit les vallées au pied du Plateau. Impossible d'organiser une évacuation. Surcroît de malchance: les chutes de neige ont fait place à un magnifique ciel bleu qui permet à l'aviation allemande d'attaquer systématiquement toutes les positions et détruire les abris qu'aucune DCA ne protège. Dans une large mesure Glières est un drame lié à la météo.

Cependant, il est clair que le Capitaine Anjot a donné l'ordre de décrochage au seul moment possible. Il a su attendre le premier assaut allemand du 26 mars qui a permis au bataillon des Glières de montrer et de faire le <<baroud d'honneur>> nécessaire. Notons que, lors de ce combat de Monthiévret, les maquisards ont tenu leur position jusqu'à la tombée de la nuit, sans qu'aucun ne se soit rendu aux assaillants. Anjot a eu raison de dire << l'honneur est sauf >>. Mais aussi le capitaine Anjot n'a pas attendu plus qu'il ne fallait pour donner l'ordre d'évacuation.

L'exfiltration des maquisards se fera avant le bouclage total du Plateau par l'Armée Allemande et les forces de Vichy. Plus de soixante pour cent des maquisards sortiront de la nasse qui allait se refermer. Mais c'est souvent après être sortis du Plateau que les hommes ont été faits prisonniers ou tués, parfois plusieurs jours après le décrochage. Il n'y a donc pas eu de <<massacre>> à Glières. Le bilan des pertes maquisardes le démontre: sur 465 hommes présents sur le Plateau en mars, il y a eu 129 morts au total (en comptant les morts en déportation et les fusillés exécutés plusieurs semaines après les combats). A ce chiffre il faut ajouter la mort de 20 Résistants des vallées voisines, arrêtés par la Milice ou la Gestapo sur dénonciation de Français.

Il est clair que l'action des forces de Vichy et surtout de la Milice a été particulièrement ignoble. Ce sont ces Français qui ont, par exemple, torturé à mort le lieutenant Lalande, officier du 27e BC, et bien d'autres. Ce sont eux qui ont tout mis en oeuvre pour bloquer les maquisards sur le Plateau jusqu'à l'arrivée des Allemands. En réalité, pour Vichy et pour l'Allemagne, l'opération contre Glières n'a pas réussi à neutraliser la Résistance haut-savoyarde. Un mois après la fin du Plateau, les rapports de la Milice et de la Gestapo signalent que la situation dans le département <<est pire qu'avant>>.

Les maquis haut-savoyards se reconstituent et, le 1er août, c'est à nouveau sur le Plateau des Glières que la Royal Air Force effectue le plus gros parachutage jamais reçu en Haute-Savoie: 36 quadrimoteurs larguent plus de 150 tonnes d'armes qui vont permettre à la Résistance de contraindre, entre le 16 et le 19 août, toutes les garnisons allemandes à capituler.

Ce résultat magnifique était la récompense de ceux qui à Glières avaient choisi d'aller au bout de leur courage et de leur devoir. Mais, au mois d'août, il n'y avait plus de neige...

<< Passants, va dire à la France que ceux qui sont morts ici sont morts selon son coeur >> André Malraux.

Jacques Golliet
Ancien Sénateur
Président de l'Association des Glières

LVDC/n° 1694

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Alain Cerri 01/08/2010 20:46



« Si nous avions reçu l'ordre d'évacuer le Plateau dans les jours qui ont suivi le
parachutage du 10 mars, aurions-nous eu une meilleure chance de nous en tirer que le 26 mars au soir de l'attaque allemande ? »


Là n’est pas LA question, mais, voyons ! bien sûr que oui ! En effet, à cette
date, non seulement les chasseurs de montagne allemands n’étaient pas encore à pied d’œuvre (ils n’arriveront que le 24 mars), mais la Milice française elle-même n’avait pas encore relevé les
GMR en première ligne (elle ne le fera que le 18 mars) : le 10 mars, le plateau des Glières n’était encerclé que par quelques centaines de
GMR (en première ligne depuis le 7 mars) et de miliciens…


« L'armée allemande n'a pas encore fait son apparition que Londres a annoncé d'autres
parachutages et des renforts. »


En fait, le prétendu message de Londres annonçant le parachutage d’un bataillon canadien était un faux qui,
matériellement, ne pouvait avoir été écrit que de la main du capitaine Cantinier, représentant de la France libre sur place, lequel souhaitait un
combat exemplaire contre les Allemands afin de montrer aux Alliés que la Résistance, sous la direction du général de Gaulle, était capable d'actions de
grande envergure. Pour le chef régional Alban Vistel, il est indéniable que la douloureuse épopée des Glières eut un retentissement considérable [...] Les conséquences en
furent un affermissement de prestige pour le gouvernement de la France libre et un appui accru pour nos mouvements.


« Le printemps va arriver, et avec lui le Débarquement. Deux ou trois semaines plus
tard, la donne aurait été différente. »


Effectivement, sans la neige protectrice, l’attaque de l’infanterie de montagne allemande
(quatre bataillons contre 450 maquisards), soutenue par l’artillerie et l’aviation, aurait été irrésistible !


Cela dit, je suis parfaitement d’accord avec le reste du texte, mais ce n’est pas la neige
qui a contraint les maquisards à demeurer sur le plateau jusqu’à l’arrivée des Allemands : c’est l’ordre de la France libre de constituer une base d’opérations en vue du débarquement qu’elle
pensait tout proche et, ensuite - le chef départemental Clair ayant été convaincu par le faux message de Londres écrit par Cantinier - la décision
d’Anjot de faire un « baroud d’honneur ».