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Publié par François Gervais

saumur1

Seconde partie.

 

combats saumurSaumur est pilonnée. Un déluge de bombes et d'obus écrase les maisons, les hôpitaux, le clocher Saint-Pierre, le couvent. Allemands et Français se mitraillent d'une rive à l'autre.

Les heures passent, hachées de feu et d'acier. Le lieutenant de Buffévent demande à une poignée de cadets de se replier et de faire sauter le deuxième pont. Il fait ses adieux au lieutenant d'Englegean: << Ne soyez pas triste, parce que nous restons sur place. Si l'ennemi réussit à rentrer dans l"île, nous nous battrons dans les maisons; faites sauter le pont sans vous occuper de nous. >> Puis, posant la main sur son épaule: << Si vous saviez comme je suis plus heureux de me battre qu'il y a quelques jours, quand on a failli signer l'armistice sans s'être battus. >> Le deuxième pont saute.

Le 20 juin, à 4 heures du matin, le lieutenant de Buffévent forme un groupe franc pour mener une contre-attaque. Le groupe traverse le fleuve sur deux barques, prend pied sur l'autre berge, attaque un convoi de douze camions ennemis à la grenade. Pendant l'assaut, Buffévent et son adjoint Raveton sont tués. Les Allemands, impressionnés par leur courage éperdu, leur rendent les honneurs. On retrouvera le corps du lieutenant sous un rosier fleuri.

C'est sur tous les points que les cadets se battent. Dans l'île de Gennes et sur la rive sud. Le 19 juin, à 15 h 30, le pont reliant la rive nord à l'île saute à son tour dans une formidable explosion. Vingt minutes après, arrivent les premiers véhicules allemands. Le lieutenant Desplats assure la défense avec sa brigade et une section de tirailleurs. Les blindés atteignent les Rosiers et déclenchent les tirs. L'attaque commence.

Un violent bombardement laboure la rive gauche et l'île d'une superficie d'environ deux kilomètres carrés. Les Allemands accumulent les moyens lourds, une centaine de canons. Le lieutenant Desplats assure dans un message à son commandant d'escadron que << tout va bien et que le moral des élèves est magnifique. >>

L'artillerie annemie concentre ses feux. Les Allemands tentent un passage en canots pneumatiques. Les tirs français bien réglés les dissuadent de continuer. A 22 h 30, la canonnade est si forte que l'officier du Génie chargé de faire sauter le pont, provoque prématurément l'explosion. Il prive ainsi la brigade de Desplats de moyens de renfort, de ravitaillement et de possibilité de repli.

Desplats est d'un calme impressionnant. Il encourage ses élèves, tous très jeunes. << Nous n'en reviendrons certainement pas, mais c'est pour la France. >>

chargeL'attaque a lieu à l'aube. Les Allemands ont construit des radeaux, relancent des bateaux pneumatiques et traversent en force. C'est le corps à corps. Le lieutenant Desplats, le poignet fracassé par une balle, touché une deuxième fois en pleine poitrine, est tué.

Les actes d'héroïsme se multiplient. Les éléments du Train interviennent, dirigés par le lieutenant Roimarnier, un colosse tranquille et déterminée. Debout au milieu de ses élèves, Roimanier, << comme au stand >>, tire au mousqueton avec un sang-froid superbe. Il abat toute l'équipe d'un mortier. Soudain, un obus lui arrache la tête et l'épaule. Les officiers Foltz, de Galbert, Trastour, Perin. Les élèves, prêts à tous les sacrifices et fous d'honneur, qui se battent mètre par mètre comme s'ils étaient les derniers soldats de France.

Il y a ce Galbert, insolent avec son uniforme impeccable et ses bottes cirées, qui attaque deux panzers à l'arrêt et abat quatre tankistes au pistolet avant d'être fauché par une rafale de mitrailleuse. Il y a les les Saint-Maixentais de la ferme d'Aunis. Derrière quelques chars Hotchkiss, les élèves vont mener la dernière contre-attaque de l'armée française et faire reculer les éléments allemands... avant d'être écrasée par le nombre, les chars, les canons, les bombes et les troupes fraîches de la Wehrmacht.

Il y a cette ferme blanche, chaulée, barrée de tranchets, qui résiste avec acharnement. Les granges sont en feu. Les bâtiments croulent sous les obus. Lorsque l'ennemi prend pied dans la ferme qu'il croyait défendue par un régiment, il n'y trouve que les blessés de la 16e Brigade presque complètement anéantie. Les Allemands rendent hommage au courage des élèves et se figent au garde-à-vous.

desplatsDans les notes retrouvées d'un officier de cavalerie allemand, on lit: << Nous avions traversé la France sans avoir rencontré de forte résistance, lorsque nous eûmes la surprise d'être arrêtés par une poignée de gamins...>>

Au terme de trois jours de combat, les munitions manquent, les hommes à bout de fatigue n'ont d'autre choix que le repli ou la capture. L'ordre de repli général est donné dans la nuit du 20 au 21 juin. Beaucoup sont faits prisonniers. Les Allemands rendent hommage à la bravoure obstinée des cadets qui, durant trois longs jours, ont résisté dans une bataille sans issue.

Le 6 juillet, le général Der Wormach, commandant de la 1re division de cavalerie, prend la décision de libérer tous ses prisonniers. C'est ainsi que les élèves en uniforme, encadrés par leurs officiers, sans aucun gardien allemand, se dirigent à pied vers la ligne de démarcation. Quatre-vingt-dix kilomètres couverts au pas cadencé en chantant, jusqu'à la barrière spécialement levée pour eux. Là, une section de cavaliers allemands présente une dernière fois les armes à ceux qu'ils avaient baptisés "les Cadets de Saumur".

Ainsi, pour l'honneur du drapeau et la gloire de l'Ecole, en forçant le respect de l'adversaire, des élèves de Saumur ont écrit << dans la fureur et dans le sang >> la page la plus prestigieuse de l'histoire d'une guerre trop vite perdue.

 

Pierre Darcourt

LVDC n° 1755 / 05 - 10

 

 

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DIEDERICHS 16/08/2014 14:09

Mais que sont devenus les "cadets" après leur libération par les Allemands?
Ont-ils été laissés à eux-mêmes?
Ont-ils rejoint la France Libre?
Autant de questions auxquelles des recherches sur Internet ne répondent pas!

François Gervais 17/08/2014 08:33

Je pense sincèrement que ces combattants n'ont pas délité leur courage et leur foi dans la France.

Effectivement, peu ou pas d'information sur leur devenir post 40. Toutefois, on peut aisément penser qu'une majorité d'entre eux se soient mis au service de la France Libre (d'où les Cadets du même nom), ou bien engagés dans la Résistance et les maquis comme formateurs et instructeurs.

Merci de votre intérêt pour notre blog.

Cordialement.

François GERVAIS (créateur du site)

DIEDERICHS 16/08/2014 13:49

Mais que sont devenus les survivants des "cadets" à leur libération?
Ont-ils rejoints la France Libre?
Ont-ils été laissés à eux-mêmes?
Où sont-ils allés?
Ont-ils été intégrés dans d'autres armes?
Pas de trace malgré des recherches sur le WEB