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Q:
Pourquoi votre frère a-t-il rejoint la France Libre ?

R:
Marie-Claire Scamaroni: Lieutenant de réserve dans l'armée de l'Air, mon frère a été grièvement blessé dans un combat aérien le 19 mai 1940. A peine rétabli, il a rejoint sa base aérienne repliée près de Toulouse. Comme la situation était désespérée, il est parti à Saint-Jean-de-Luz avec 110 autres aviateurs. Là, ils ont embarqué sur un bateau de guerre polonais qui rapatriait des unités polonaises en Angleterre.

Q: Sa personnalité le destinait-elle à agir ainsi ?

R:
Marie-Claire Scamaroni: Non. Mon frère avait un heureux caractère. Il aimait la vie et faisait beaucoup de sport. Rien ne pouvait laisser supposer qu'un jour il prendrait une telle décision. C'est la catastrophe de juin 1940 qui l'a poussé à le faire. C'est en pleine mer que sa désertion et son abandon de la patrie envahie lui sont apparus dans toute leur dimension. Le moment a été très difficile. Un ami lui avait bien parlé de l'<<appel du 18 juin>> et du général de Gaulle, mais quel serait l'accueil en Angleterre ? D'autant qu'il ne parlait pas un mot d'anglais ! Mon frère n'était pas né pour faire ça et pourtant il l'a fait.

Q: Que s'est-il passé à Londres ?

R:
Marie-Claire Scamaroni: Il a fait un stage de formation. Puis ils sont partis à plusieurs pour Dakar avec mission de rallier l'Afrique occidentale française à la France Libre. L'opération a échoué et ils ont été arrêtés par les autorités locales vichystes, emmenés à Alger puis à Vichy. Sachant qu'ils seraient condamnés à mort, le général de Gaulle les a sauvés en pratiquant un chantage politique auprès de Pétain pour obtenir leur libération. Et ça a marché. Mon frère et ses compagnons ont été libérés à Clermont-Ferrand.

Q: Et ensuite ?

R:
Marie-Claire Scamaroni: Vichy lui a proposé de désavouer de Gaulle, ce qu'il a refusé. Ne pouvant quitter la France, il a trouvé un emploi de garçon de courses au secrétariat d'Etat au ravitaillement à Vichy. Voyageant beaucoup, il a pris des contacts, notamment en Corse. Un réseau de résistance à Vichy a été créé avec quelques amis. Très vite, la Gestapo l'a condamné à mort et recherché. Sur ordre de Londres, il a regagné l'Angleterre en janvier 1942.

Q: Et la Corse ?

R:
Marie-Claire Scamaroni: A Londres, mon frère a été affecté à l'état-major du général de Gaulle. Il avait compris le rôle stratégique de la Corse dans le cas d'un débarquement dans le sud de la France. Mais si de Gaulle l'a envoyé en Corse en janvier 1943, ce n'était pas uniquement dans un but militaire mais aussi pour unifier la Résistance. Il a été débarqué sur l'île par un sous-marin. Sa mission a échoué à cause du refus du Front National de se mettre sous l'autorité du général de Gaulle.

Q: Comment a-t-il été arrêté ?

R:
Marie-Claire Scamaroni: Je sais maintenant qu'il a été trahi contre de l'argent. Il se trouvait dans le nord de l'île quand il a su qu'un colonel italien des Chemises noires était prêt à vendre le plan de défense italien de la Corse et de la Sardaigne. Voulant négocier, mon frère a vite compris que cette histoire était invraisemblable. Il s'est rendu à Ajaccio pour s'informer. C'est là que les Italiens l'ont arrêté le 17 mars 1943. Horriblement torturé, refusant de parler, il a décidé de se suicider quand il a compris qu'il ne pourrait plus tenir. Il a laissé un dernier message écrit avec son sang: << Vive la France, Vive de Gaulle >>. Mon frère avait un immense respect et une admiration sans bornes pour le chef de la France Libre. Il avait 29 ans.

 

Les Chemins de la Mémoire / 133

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