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Publié par François Gervais


Parmi tous les lieux conservant les empreintes de la Seconde Guerre mondiale, Oradour-sur-Glane est certainement l'un des plus boulversants. L'état actuel des ruines du village permet de saisir la dimension totale du conflit et le degré de violence rarement atteint jusque-là. Au-delà de la tragique journée du samedi 10 juin 1944, le devoir de mémoire passe par la capacité à questionner les ruines, à tenter de comprendre l'inconcevable, et à transmettre aux générations futures l'ampleur du drame humain d'Oradour afin que nul ne puisse oublier...

Le 16 juillet 1999, lors de l'inauguration du Centre de la Mémoire, le président de la République, Jacques Chirac, prononça ces quelques mots: << ... nous venons à notre tour de parcourir les ruines d'Oradour; le général de Gaulle, qui est venu ici à la Libération, avait souhaité que rien ne change, pour que vive à jamais le souvenir des victimes... il faut savoir que la tolérance, le respect sacré de la vie, la simple humanité ne vont pas de soi. Qu'il faut sans cesse montrer ce dont l'homme est capable quand il est pris par la folie meurtrière [...] ces lieux chargés d'émotion... rappellent que l'avenir appartient à ceux qui ont la volonté de le construire et non de le subir... >>

Les faits
4 jours après le Débarquement sur les plages du Calvados, les armées allemandes du sud de la France remontèrent afin de tenter de stopper, tout au moins de ralentir la progression des Alliés vers la capitale. La Résistance freinait tant bien que mal leur progression. Parmi ces troupes, la 2. SS-Panzer-Division "Das Reich" se mit en mouvement aux environs de Cahors. Au sein de cette unité, le régiment "Der Führer" eut pour mission de rejoindre Brives, puis Limoges par la route nationale 20, avant de poursuivre vers Poitiers. Une colonne de reconnaissance dévia par Tulle où elle exécuta, le 9 juin 1944, quatre-vingt-dix-neuf otages en les pendant aux balcons des demeures et des lampadaires publics.

Une partie de la division "Das Reich" était cantonnée à cette date dans les villages voisins d'Oradour, à savoir: Rochechouart et Saint-Junien, villages dans lesquels ils se livrèrent à des bastonnades sur plusieurs habitants afin que ces derniers avouent l'existence de <<terroristes>> cachés alentour. Les survivants évoquent par ailleurs des tirs dans l'après-midi du 9 juin, visant des hommes et des femmes qui passaient dans les bourgs cités. Malgré tout, la vie continuait, et à Oradour-sur-Glane, ce samedi 10 juin était marqué par une assez grande animation due à plusieurs facteurs: travaux des champs, visite médicale dans les écoles impliquant la présence de la plupart des enfants du bourg et des hameaux environnants, distribution de tabac, et ... le week-end, voyant affluer ici les citadins, prompts à quitter Limoges afin de se ressourcer dans l'accueillante campagne environnante, et de se baigner dans la Glane.

C'est vers 14 heures qu'une troupe d'environ deux cent SS entra dans le village par le Sud-Est (côté Glane et église). Après avoir enjoint tous les habitants à se rassembler sur la place du champ de foire sous prétexte d'un contrôle d'identité, rassemblé des habitants des hameaux et villages voisins (Les Bordes, Brégères, Puygaillard, ...) et abattu certains riverains tentant de fuir, les SS séparèrent les hommes des femmes et des enfants. Les premiers étaient emmenés sans ménagement dans plusieurs granges d'Oradour. Surveillés par des mitrailleuses pointées sur eux, femmes et enfants furent rassemblés dans l'église. Les SS justifièrent cette mesure par la nécessité de perquisitionner le village afin de trouver des dépôts clandestins d'armes et de munitions !

Vers 15 heures, une forte détonnation provenant du champ de foire sembla donner le signal du carnage. Les SS ouvrirent le feu sur les hommes dans les granges et achevèrent au pistolet les blessés, avant de placer paille, bois et ridelles de charette sur les victimes, et d'y mettre le feu. Au même instant, une caisse placée dans la nef de l'église explosa et les SS massacrèrent de la même manière les femmes et les enfants d'Oradour et des environs.

L'inimaginable n'ayant guère de limites, les SS ne se contentèrent pas de ce massacre et tuèrent toute personne entrant dans le bourg après avoir entendu les explosions et les cris, notamment des mères accourant chercher leurs enfants qu'elles pensaient être à l'école. Ces massacres furent accompagnés de pillages, chaque habitation et commerce étant soigneusement visité et vidé de son contenu.

En fin d'après-midi, les SS mirent le feu à la totalité du village, avec des balles incendiaires et des grenades. Vers 22 heures, il ne restait d'Oradour qu'un amas de ruines noircies ravagé par les flammes. Plusieurs fermes alentour subirent le même sort. Tandis que les SS regagnaient leur cantonnement à Nieul ou à Saint-Junien, un groupe resta sur place jusqu'au lendemain matin, vraisemblablement afin d'essayer d'effacer les traces les plus visibles de leurs crimes, mais aussi afin d'achever le pillage des lieux. Des témoins rapportent même qu'ils revinrent le lundi matin afin de creuser des fosses d'inhumation.

Les responsables
Le détachement SS responsable du massacre fut rapidement identifié, notamment grâce aux divers objets oubliés ou abandonnés sur le site: douilles de révolver, de fusils, mais surtout une sacoche oubliée par l'un des soldats, contenait une carte géographique mentionnant les itinéraires du détachement, et des enveloppes et cartes postales mentionnant quelques identités. De plus, la division cantonnée à Nieul (environ 15 km à l'Est d'Oradour), a laissé des traces de son passage, ainsi que certains matériels, dont une motocyclette appartenant à l'une des victimes d'Oradour.

C'est en 1953 que le procès de 19 soldats membres du détachement eut lieu; parmi eux, 13 Alsaciens. L'Assemblée nationale vota l'amnistie craignant ce que certains nomment "un choc de mémoires régionales", opposant le Limousin à l'Alsace, et arguant du fait que le meurtre d'Oradour fut sacrifié au maintien de l'Union nationale. La réaction des familles fut vive: aucun représentant de l'Etat ne fut reçu à Oradour jusqu'en... juillet 1999 (inauguration du Centre de la Mémoire d'Oradour-sur-Glane). Le plus navrant, ce fut l'existence en Allemagne d'une "Amicale de la Division Das Reich" qui vit le jour après guerre, organisant des réunions confraternelles au cours desquelles on entendit que << la réputation de cette division était sans tâche >> et qu'un << sentiment de fierté s'élevait face au passé glorieux de cette unité >> !

Frédéric Vignot
Seconde Guerre mondiale N° 2 / 05-06-02

Fin de la première partie. A suivre: "Les survivants, la Mémoire"

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