Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par François Gervais



L'éminent journaliste anglais Patrick Smith, qui était, en 1963, chef du bureau de la B.B.C. pour la Méditerranée, fut le premier lecteur du message du 18 juin, quelques minutes avant qu'il fût lu au micro de la radio, à Londres, par le général de Gaulle. Voici le récit qu'il fit à Jean Neuvealle, envoyé spécial de France-Soir à Rome en 1965.

Patrick Smith venait d'être embauché à la B.B.C. La guerre faisait rage en France, on était en juin 1940. Le douzième jour de son travail à la radio anglaise  -le 18 juin-  son chef de service le fit venir et lui dit: << Il y a un général français qui va venir aujourd'hui. Le Foreign Office (ministère des Affaires étrangères) vient de téléphoner. Le général veut parler aux Français à la radio. Je n'ai pas la moindre idée de ce qu'il est, il s'appelle quelque chose comme de Gaulle et je ne sais pas du tout ce qu'il va dire. Mais puisque ce ne peut être que pour la bonne cause, nous avons l'ordre de le laisser parler. Allez le recevoir. >>

Patrick Smith avait des instructions précices en ce qui concerne les Français réfugiés à Londres. On devait les accueillir <<cordialement>>. Les introduire dans un petit salon, dont il avait la clé, et leur offrir un verre. C'est ce qu'il fit lorsqu'un militaire français de haute taille et l'air solennel parut à la porte de la B.B.C. Le militaire refusa de boire, Patrick Smith l'entretint de son mieux ainsi que son compagnon, qui s'appelait Maurice Schumann.

Puis le jeune journaliste  -toujours docile à ses instructions-  demanda au général de bien vouloir lui montrer son texte. C'était une précaution imposée une fois pour toutes par la censure militaire afin d'éviter la diffusion d'informations interdites. Le jeune journaliste parcourut ainsi rapidement un message qui allait dans quelques minutes devenir célèbre. Puis il conduisit le militaire à travers les méandres de la B.B.C. vers les studios.

Il fallait franchir un couloir étroit et long coupé de trois portes. Patrick Smith poussa la première et s'effaça pour laisser passer le général. Mais le jeune homme portait un gilet qui sortait de dessous son veston. Et le militaire français portait un baudrier. L'un s'accrocha à l'autre. Patrick Smith, confus, leva la tête, aperçut un long visage sévère, se dégagea comme il put et s'excusa. << Je vous suis, monsieur >>, fut la sèche réplique qu'il reçut.

Ils reprirent leur chemin, arrivèrent à la deuxième porte, le jeune homme s'effaça en tenant le battant. De nouveau, le général passa et  -horreur-  pour la seconde fois la courroie de l'uniforme accrocha le gilet du journaliste...

L'Anglais et le Français finirent par déboucher sur le petit studio. Une table et une chaise y étaient préparées. Deux autres hommes s'y trouvaient déjà. Tous deux se relayaient devant le micro. La B.B.C. procédait de la sorte pour pouvoir diffuser des informations malgré le brouillage. L'un des hommes était Louis Cauzique, l'autre Maurice Thierry (qui avait été naguère professeur de français de Patrick Smith).

Maurice Thierry était en bras de chemise, il faisait très chaud dans la pièce. Le général en entrant, posa son képi sur la table, à côté du texte que lisait Thierry. Soudain, celui-ci, en tournant une page, aperçut ce képi à deux étoiles à côté du micro. Tout en poursuivant sa lecture, il se leva à demi et salua l'officier venu de France, d'une profonde inclinaison de la tête.

Patrick Smith griffonna quelques mots sur un bout de papier et les glissa à Thierry. Il lui demandait d'annoncer: << Le général de Gaulle va parler aux Français! >> Le général s'assit alors, déplia une feuille et commença à lire.

Tels fut les moments <<simples>> d'un avant discours, dont ont reconnaîtra plus tard la portée extraordinaire qu'il tenait dans ses lignes...

Ce qui allait devenir "l'Appel du 18 Juin" fut transmis du studio 4B de la Broadcasting House (entre Oxford Street et Regent's Park). Enregistré à 18 heures, il fut diffusé le jour même à 22 heures et rediffusé le lendemain à 16 heures. Le studio n'existe plus aujourd'hui, il a été détruit lors d'un bombardement. La B.B.C. ne jugeant pas l'évènement suffisamment important, elle ne garda pas l'enregistrement, et ne fit également aucune photo du 18 juin.

Depuis 2005, l'Appel du 18 Juin 1940 a été classé par l'UNESCO sur la liste "Mémoire du Monde", où sont recensés depuis 1997 les documents d'un patrimoine documentaire d'intérêt universel, en vue d'assurer leur protection.

Anonyme
Le Général de Gaulle et la France Libre 1973

Commenter cet article

Karen 30/04/2012 12:29


Merci de ce renseignement. Voulez-vous une photo de Patrick Smith pour illustrer l'article car il se trouve que j'en ai une de cette époque ?

30/04/2012 13:11



Ce sera avec grand plaisir que d'illustrer l'article avec une photo d'époque de Patrick Smith.


Vous pouvez me la faire parvenir à cette adresse mail: francoisniort@aol.com


Recevez l'assurance de ma considération.


 


 



Karen 29/04/2012 14:12


Bonjour, je souhaiterai connaître la source de cet article si c'est possible.


J'avais lu le témoignage de M. Patrick Smith sur le site de la Fondation Charles de Gaulle.


En vous remerciant par avance de votre réponse. Sincères salutations.

30/04/2012 07:01



Bonjour, cet article est tiré de la revue mensuelle "Historama" hors série n° 23 "De Gaulle et la France Libre". Revue datée de 1973.


Cordialement.